article comment count is: 0

Livre : le Congo « sous la chicote »

Les éditions L’Harmattan ont réédité le livre Sous la chicote. Nouvelles congolaises (2019) de Daniel Bersot, paru en 1909. Ce recueil de cinq nouvelles est une photographie des atrocités commises par les colons belges en vue de piller l’ivoire et le caoutchouc dans ce qui était encore l’Etat indépendant du Congo (EIC).

Ce livre est intéressant, non seulement en raison de ses qualités littéraires qui sont indéniables, mais aussi grâce à la qualité de témoin privilégié de l’auteur qui était lui-même un agent de l’administration coloniale, même si on ne connait pas grand-chose sur son identité (Daniel Bersot est un pseudonyme).

Sous la chicote est aussi intéressant parce que, comme le souligne l’anthropologue Patrice Yengo dans son introduction du livre, l’auteur donne la parole aux indigènes, contrairement aux autres livres de la littérature coloniale de l’époque qui se contentaient de véhiculer des préjugés sur les « nègres », les  « sauvages », les « cannibales ». En le lisant, on peut donc ressentir ce que ressentaient les Congolais martyrisés par les abus des colons, comme dans cette lamentation du roi Bombino :

« Mes filles étaient belles. Les blancs les ont vues. Elles ornent leurs chimbèques. Leurs baisers les souillent.

Les blancs sont venus !

La petite, toute petite, fleur de ma vieillesse, a tenté leur chef. Elle n’avait point l’âge de penser à l’homme. Je l’ai supplié. Il a ri de moi.

Les blancs sont venus !

Je les suppliai. Elle est si petite. Et je l’aime tant. Je les suppliai :

Rendez-moi mes fils, rendez-moi mes filles. Le grand chef blanc a marqué mon dos courbé de sa dure chicote. Mes reins saignent encore.

La terre de mes pères a bu mon sang. »

Le règne de la chicote

Le règne de la terreur imposé à la colonie est décrite parfaitement dans la nouvelle « La chicote », où le sergent Busaert, surnommé le Bourreau, fait la pluie et le beau temps : « Les noirs l’appellent Mundele-Chicote. Ceux qui dépendent de lui le craignent comme la dysenterie  et travaillent plus que des esclaves. Cependant, pas une journée ne s’écoule sans que l’un ou l’autre soit puni. Un arrêt de quelques secondes pendant le travail, deux mots jetés a un camarade, un pas fait moins vite que l’autre, un moment d’inattention, un regard en arrière, tout est prétexte au Bourreau pour sévir, et sévir durement, car il ne connait pas d’autre punition que la chicote et ne condamne jamais à moins de cinquante coups. »

Ceux qui abusent de cette chicote ne sont pas atteint de « folie tropicale » comme le prétendent ceux qui continuent à croire en « l’œuvre civilisatrice » de la colonisation. Le point de vue de l’auteur est sans équivoque : la colonisation n’a jamais eu l’objectif de civiliser les noirs.   L’Etat indépendant du Congo n’est qu’une entreprise commerciale qui ne cherche qu’à maximiser les revenus. Et tous les moyens sont bons pour piller l’ivoire et le caoutchouc pour renflouer les caisses du roi des Belges Léopold II. C’est pourquoi ceux qui imposent la terreur dans la colonie, comme Mundele-chicote, sont promus aux hautes responsabilités.

Ce livre mérite d’être lu par les jeunes Congolais pour mieux comprendre ce qu’ont subi leurs grands-pères sous la colonisation belge.  Comme le rappelait l’historien Joseph Ki-Zerbo : « Quand on ne sait pas d’où on vient, on ne peut pas savoir où on va. »

 

Partagez-nous votre opinion