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Lumumba, 61 ans après : un héritage abandonné

Patrice-Emery Lumumba est pour plusieurs l’artisan de l’indépendance du Congo belge. Né en 1925, le jeune Lumumba a tenu tête au colon et obtenu en 1960, avec le concours d’autres jeunes Congolais de l’époque, l’acte d’indépendance. Pourtant, il n’a jamais réellement joui de son combat, lui qui fut assassiné six mois après l’indépendance. 61 ans plus tard, Lumumba demeure plus que jamais une source d’inspiration pour la jeunesse congolaise.

Quand en 1960, Lumumba devient le premier chef du gouvernement du Congo indépendant, il n’a que 35 ans. L’homme, selon la légende, était ambitieux pour son âge, sauf que le destin ne lui a pas accordé assez de temps. Six mois plus tard, il est assassiné sans avoir préparé une vraie école pour sa doctrine.

Pourtant, cela n’a pas empêché l’émergence d’une véritable doctrine autour de ses idéaux. Le Lumumbisme est alors porté à bras le corps par celui qui était jusqu’à sa mort un de ses fidèles lieutenants : Antoine Gizenga. Sauf qu’il n’est pas facile d’être la copie parfaite d’un autre et Gizenga est assez léger pour porter à lui seul toutes les qualités d’un si grand homme. Au fil du temps, d’autres Lumumbistes sont nés. De Mzee Kabila à Joseph Kabila, en passant par Lambert Mende, tous se reconnaissent comme fils idéologiques de Lumumba. Même si aucun ne reflète vraiment ses idéaux.

Une charge émotive sans contenu

Patrice Emery Lumumba est surtout l’homme qui a su dire non à l’impérialisme blanc dissimilé dans une indépendance d’apparence. Pour Lumumba, le Congo indépendant devrait se suffire à lui-même. Lumumba n’a jamais versé dans le culte de la personnalité. Il était prompt à s’effacer pour faire rayonner son Congo chéri.

61 ans après sa disparition, nous avons tous échoué à pérenniser l’œuvre de ce père de l’indépendance. Le seul à avoir tenu la dragée haute semble Laurent Désiré Kabila. L’homme a prêché de « ne jamais trahir le Congo » et de toujours « se prendre en charge ». Malheureusement, comme son modèle, il a été assassiné dans des circonstances encore sombres. Le hasard a voulu que cet assassinat intervienne la veille du 40ème anniversaire de celui de Lumumba. Comme pour sceller à jamais les deux destins.

Aujourd’hui, tous ceux qui prétendent être de l’école de Lumumba ne vendent que du vent, mieux espèrent s’attirer la sympathie à travers cette marque déposée qu’est devenu Lumumba. Chaque mois de janvier, on se souvient de Lumumba et de Laurent-Désiré Kabila comme des héros de notre nation, mais avons-nous vraiment assimilé leur combat, celui de l’autonomie de gestion, du vivre ensemble et de l’émergence du Congo ? Faudrait-il qu’un troisième Lumumba naisse et soit tué pour enfin voir une prise de conscience collective ?

61 ans après la mort de Lumumba et 21 ans après celle de Mzee Kabila, le pays semble stagner : aucune idée forte, aucune vision claire pour réaliser le rêve de ces deux icônes qui ont écrit leurs testaments à l’encre de leur sang. Les 16 et 17 janvier devraient être des journées de réflexion. Tout devrait commencer par la reconnaissance de notre échec cuisant à tous les niveaux. Le président Tshisekedi n’a donc pas tort de dire que le pays est détruit. Cependant, que faisons-nous pour rectifier le tir ? C’est à ce tournant que nous attendent Lumumba et Kabila. Ce n’est qu’en relevant le défi d’un Congo plus fort que nous honorerons leur lutte.

 

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