L’accès à l’éducation en République démocratique du Congo reste marqué par d’importantes disparités selon les provinces. Une analyse comparative des frais de scolarité dans différentes régions du pays met en évidence une question fondamentale : comment garantir l’équité lorsque les enseignants perçoivent le même salaire, mais font face à des coûts éducatifs très différents pour leurs propres enfants ?
Dans certaines provinces de l’ouest du pays, le minerval moyen s’élève à environ 200 000 FC par trimestre, soit près de 66 666 FC par mois (environ 28 USD). À l’inverse, dans plusieurs établissements du sud du pays, les frais scolaires atteignent en moyenne 50 USD par mois, soit environ 115 000 FC au taux de 2 300 FC pour un dollar américain.
Cette différence représente un écart de plus de 48 000 FC par mois pour un service éducatif pourtant comparable.
Un même salaire, mais des capacités financières inégales
Prenons l’exemple de deux enseignants percevant chacun un salaire mensuel de 530 000 FC.
Dans la zone ouest, après paiement des frais scolaires d’un enfant, il leur reste environ 463 334 FC pour couvrir les autres besoins du ménage.
Dans la zone sud, après paiement d’un minerval moyen de 115 000 FC, le revenu disponible tombe à 415 000 FC.
La différence peut sembler modérée pour un seul enfant, mais elle devient considérable pour les familles nombreuses. Dans ce contexte, le coût de l’éducation pèse davantage sur certains ménages que sur d’autres, malgré des revenus identiques.
Une inégalité territoriale à prendre en compte
Le gouvernement applique une grille salariale nationale uniforme pour les enseignants. En revanche, il n’existe pas de mécanisme national harmonisant les frais scolaires pratiqués dans les différentes provinces.
Cette situation crée un paradoxe : un enseignant de Kinshasa, de Lubumbashi ou d’une autre ville du pays peut percevoir le même salaire, tout en faisant face à des charges éducatives très différentes pour ses enfants.
L’équité salariale ne produit donc pas nécessairement une équité réelle lorsque le coût de l’éducation varie fortement d’une région à l’autre.
Pour un dialogue national sur l’équité éducative
Face à cette réalité, il apparaît nécessaire d’ouvrir un dialogue technique associant le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, l’Inspection générale de l’éducation, les partenaires du secteur ainsi que les représentants des enseignants.
L’objectif serait d’analyser les disparités observées sur le terrain et d’identifier des mécanismes permettant de réduire les inégalités d’accès à une éducation de qualité selon les zones géographiques.
L’éducation ne devrait pas être une question de géographie. À salaire égal, chaque enseignant devrait disposer des mêmes chances de scolariser ses enfants dans des conditions dignes, quel que soit son lieu d’affectation en République démocratique du Congo.
