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Des mineures prostituées, ça existe à Goma

Dans la ville de Goma, assouvir ses envies sexuelles est l’une des choses les plus faciles. Des maisons de tolérance poussent comme des champignons.  C’est souvent des hommes qui jouent les « madame Claude » ici.

Ils construisent des maisons de plusieurs petites chambres privées dans lesquelles ils logent des filles prêtes à se vendre. Des propriétaires de débits de boisson engagent des filles en leur faisant bien comprendre que tout moyen est bon pour ramener de l’argent ! Ce qui est regrettable c’est que même des mineures sont actives dans ces bordels de Goma.

Face à la précarité des conditions de vie qu’impose la société congolaise, n’ayant aucun espoir de trouver un emploi, ces jeunes filles se lancent dans la prostitution. Les proxénètes qui les engagent estiment que c’est pour les aider. Comme s’ils leur donnait une chance de s’en sortir ! Plus grave, ces filles les appellent « chef » !

« Nous avons ici toute sorte de filles. Des noires, des chocolatées, celles de teint clair, élancées, moins élancées, majeures et même des toutes jeunes [mineures, Ndlr], c’est le client qui choisit selon ses préférences. Ensuite il paye chez moi entre 3000 francs congolais à 5 dollars américains, c’est selon la demande », explique le chef d’une maison de tolérance.  

Le business du proxénétisme

Je ne comprenais pas pourquoi les clients devaient payer chez le chef, alors que ce sont les filles qui sont les seules à fournir tous les efforts dans leur boulot. Le chef de la maison que j’ai visitée déclare : « Ces filles logent ici, c’est moi qui suis leur responsable et en même temps leur père. Oui, parce que je les prends en charge. L’argent que je perçois chez les clients qui viennent satisfaire leurs plaisirs sexuels est le même argent qui paie le loyer, également c’est de cet argent que provient leur salaire mensuel. »

Le chef avait simplement oublié de me dire que le salaire qu’il reversait aux filles était très insignifiant. Il y a aussi tous les risques que présente le travail de prostitution.  Abus, violences, risque de maladies… Les filles n’ont souvent pas d’autre choix que de les subir. C’est ce que m’a révélé la jeune Feza, âgée de 17 ans et engagée comme prostituée depuis 8 mois. Elle témoigne : « C’est un travail à risque. Il y a des maladies qu’on peut contracter comme le VIH Sida,  le syphilis, la blennorragie… En dehors des maladies, certains clients abusent de nous, en étant trop exigeants. Ils nous demandent par exemple d’exécuter un acte qu’ils ne peuvent pas exiger à leurs femmes ou à leurs copines durant un rapport sexuel. Mais hélas, on ne peut rien contester, parce qu’ils paient, et nous voulons garder la clientèle de notre maison. »

Pratique illégale mais protégée

Le proxénétisme se définit comme toute activité tendant à favoriser la débauche, la prostitution d’autrui pour en tirer profit. Le proxénète est un entremetteur qui cherche à satisfaire, non pas son propre besoin sexuel, mais celui d’autrui. C’est un « altruisme amoral » dont l’activité est sanctionnée par l’article 182 du code pénal congolais livre II. L’article 174 bis du code pénal congolais prévoit une servitude pénale de 3 mois à 5 ans pour « quiconque aura tenu une maison de débauche ou de prostitution. »

Madame Valéry Wasso, coordonnatrice provinciale de la Maison de la femme, un service technique de la division du genre famille et enfant, s’indigne du fait que ces proxénètes ne soient pas poursuivis. Elle soupçonne la plupart de ces maisons de tolérance d’appartenir à des autorités militaires. « Il paraîtrait que la plus grande partie de ces maisons de tolérance sont entretenues par certaines autorités militaires ou policières. Quand il y a des actions qui visent à réprimer ces actes, ce sont les mêmes autorités qui empêchent ces actions », déplore Valéry Wasso.

Ces maisons de prostitution ne devraient plus exister en RDC. Mais si ceux qui peuvent les fermer sont ceux qui les entretiennent, on comprend dès lors pourquoi celles-ci perdurent.

 


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