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Quelle liberté de la presse quand on est journaliste affamé ?

Ventre affamé n’a point d’oreille. La main qui donne est celle qui commande. Ces deux proverbes peuvent bien résumer le métier de journaliste en République démocratique du Congo. Pendant que l’on se focalise sur la liberté de la presse, il y a cet aspect qu’on oublie de mentionner : la précarité de ce métier dans notre pays.

Comment, sans rien à se mettre sous la dent, le journaliste pourrait-il respecter l’éthique et la déontologie du métier ? Comment un journaliste pourrait-il dénoncer ou traiter une information qui va l’encontre de la main qui lui a donné de l’argent ? Il n’y a pas de liberté sans indépendance financière !

Selon Reporters sans frontières, la  République démocratique du Congo est l’un des pays où il y a eu le plus grand nombre d’entorses à la liberté de la presse ces deux dernières années. Le pays est 154ème mondial en matière de respect des droits des journalistes. On est d’accord, mais comme je l’ai dit dans l’introduction, quelle liberté de pensée a un journaliste qui doit recevoir de l’argent de la personne interviewée ? Quelle liberté de pensée pour un journaliste qui ne sait pas ce qu’il mangera le soir ? Malheureusement l’incertitude du lendemain, les dettes, les factures à payer, travailler plus de 10 heures par jour sans salaire, tel est le quotidien du journaliste congolais. Souvenez-vous des vagues de protestation des journalistes des chaines de radio et de télévision de Kinshasa, qui réclamaient des dizaines de mois de salaires non payés. Ils ont même été malmenés par la police pour avoir réclamé. Dans les provinces c’est encore pire.

Le « coupage », une autre prison pour le journaliste  

La pratique du « coupage » consiste à donner de l’argent à un journaliste qui vient de vous interviewer ou qui a participé à votre activité. C’est malheureusement ainsi que beaucoup de journalistes arrivent à joindre les deux bouts. Dans les rédactions, on se bat presque pour les publireportages et des activités où il y a un fort potentiel de « frais de transport ». Les journaux écrits remplissent leurs Unes d’articles du genre : « Le PDG tel rénove et innove, la force de son travail est sans égal » ; ou encore « le candidat tel, la seule chance de l’émergence de notre ville. » Des éloges, des articles flatteurs, parce qu’en retour il y a eu de l’argent perçu. Cela n’est pas une liberté. Le coupage est une autre prison pour le journaliste en RDC. Il n’y a donc pas que les cachots de l’ANR, de la police ou des auditorats militaires. Le coupage enferme la liberté de pensée du journaliste. La faim, la précarité sont de pires prisons que toutes celles que l’on puisse imaginer. L’éthique est bradée contre quelques sous car il n’y a aucune autre issue.

Etre journaliste et autre chose à la fois pour survivre

Il y a ce côté positif à être journaliste, c’est qu’on devient connu. A Goma, ville d’où je viens, on profite de cette notoriété pour devenir maitre des cérémonies. Journaliste la journée et animateur des fêtes, des mariages ou d’anniversaires le soir. Le journalisme est un métier très noble, il est très différent de ces animations de festivités. Mais que faire pour survivre ? Les autres métiers que font les journalistes c’est enseigner, être chauffeur de taxi, chargés de communication des politiciens, etc. Il faut le faire pour avoir un semblant de vie digne. Existe-t-il des journalistes qui gagnent leur vie par ce métier sans être corrompus ? En tout cas, j’en connais très peu !

Le nouveau président a promis d’œuvrer pour que la presse soit le vrai quatrième pouvoir. Pour cela, il faut une réforme du métier de journaliste. Peut-être faudrait-il certains allègements fiscaux pour les patrons des médias ? Des subventions du gouvernement à tous les médias ? Un recyclage des journalistes sur leurs droits dt devoirs ? En tout cas, il y a beaucoup à faire pour s’assurer que le journaliste congolais soit vraiment libre.

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