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RDC : Dialoguer, « sportivement » ?

« L’union sportive Socozaki et l’honorable Mbambu Mughole soutiennent le dialogue ». Fin décembre dernier, ces mots étaient griffonnés sur un calicot suspendu à l’entrée du stade Matokeo de Butembo. Des mots qui en disent long sur la situation actuelle du pays. Car ce calicot-là n’est pas le fruit du hasard. Il a été placé en prélude de la visite, dans la province du Nord-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo, d’une délégation de certains députés nationaux membres du mouvement social pour le renouveau, MSR, un parti politique dédoublé. Le pouvoir ne reconnait que l’aile de ceux qui ont choisi d’ « accompagner » le chef de l’État. Objectif de cette délégation: baliser le terrain pour le dialogue annoncé par le président de la République.

Je reviens assez souvent vers ce calicot pour le contempler dans tous les sens et chercher à lire un hypothétique message caché. Je cogite beaucoup et m’interroge : « Une équipe de football se mêle-t-elle de politique ? Depuis quand ? Dans ce fameux dialogue, s’il a lieu, quel sera son apport ? Les dirigeants du club, s’ils reçoivent une invitation pour prendre part au dialogue, ils exprimeront le point de vue des fanatiques sur cette matière ? » De nombreuses questions se bousculent dans ma tête. Pourtant le calicot, devant moi, me lance : « Il faut soutenir le dialogue initié par le chef de l’État ».

« Le sport est apolitique »

Je ne suis pas fan de cette équipe de football ni d’aucune autre d’ailleurs. Mais je ne suis pas le seul à sursauter à la vue du calicot. « Notre club ne doit pas être pris pour une propriété privée. Une équipe sportive ne se mêle pas de politique », enrage un jeune fanatique. Dans cette ville, le discours de l’opposition passe mieux que celui de la majorité présidentielle. En effet, sur les quatre députés nationaux de la ville, trois viennent des rangs de l’opposition.

« Le sport est apolitique », dirait-on sous d’autres cieux. « Ce n’est pas de la politique que l’on fait puisque le sport est apolitique. Nous sommes obligés de dialoguer. On peut même choisir un président de la République mais sans dialogue, c’est le chaos qui attend le pays », plaide Geneva Mandiki, vice-président du club. Un ralliement contre sa propre volonté ? Mbambu Mughole, la députée MSR à la tête du comité de coordination de Socozaki, semble décidée à faire de la masse des fans un vivier électoral pour se positionner politiquement. Ainsi, pour de la pacotille, les fans d’une équipe de football sont vite embarqués. Tout comme d’autres associations, adhérents et sympathisants sont vite endoctrinés. Contre leur gré.

Vers la politisation du sport ?

En RDC, comme ailleurs peut-être, tous les moyens sont bons pour atteindre son objectif. Il faut semer et récolter à tout bout de champ. Et le sport sert de tremplin.

Ainsi, rentrant au pays après un long séjour en Europe où il avait multiplié les contacts, Moïse Katumbi, chairman du prestigieux club de football Tout Puissant Mazembe, s’adressant à la foule de ses partisans devant la grande poste de Lubumbashi, utilise une métaphore sportive : « Dans le match politique congolais, nous avons accepté les deux premiers penaltys. Qui étaient douteux. Allons-nous en accepter un troisième ?»  Il s’agissait là d’une allusion claire aux deux scrutins de 2006 et 2011, contestés par l’opposition et qui avaient donné la victoire à Joseph Kabila, et aux incertitudes pesant sur les prochaines élections, prévues en principe pour novembre prochain.

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