Saut de mouton de Pompage presque finit mais toujours pas inauguré suite à des travaux d’aménagement qui restent suspendus, Kinshasa 2019, @HabariRDC
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#Sauts-de-mouton à Kinshasa : la guerre des chiffres

Cela ressemble au disque de l’année. Pourtant « saut-de-mouton » n’est pas le titre d’une chanson, mais plutôt cet ouvrage de maçonnerie miracle proposé par Félix Tshisekedi le 2 mars 2019. Objectif : résoudre l’éternel problème des embouteillages à Kinshasa. Près d’une année plus tard, aucun de 13 sauts-de-mouton n’a été livré aux Kinois. Pire la facture s’annonce plus salée que prévue. Les sauts-de-mouton, une épine sous le pied de Fatshi ?

Lancé avec faste le 2 mars 2019, le programme d’urgence des 100 jours du chef de l’Etat prévoit entre autre la construction de 13 sauts-de-mouton à travers la capitale dont 3 sur le boulevard Lumumba et 1 au Rond-point Ngaba pour un coût global initial de 32,5 millions de dollars américains. Le 19 avril 2019, les deux sociétés d’Etat : Office des routes et OVD et quelques entreprises chinoises signent des contrats pour formaliser l’accord. Les ouvrages sont évalués alors entre 1,2 million et 4 millions USD l’unité pour 90 jours de travaux.

Les jours passent, les travaux stagnent

Le 29 avril, les travaux débutent dans quelques sites, notamment au quartier Pompage. Plus tard, les 3 chantiers du boulevard Lumumba, 2 du boulevard du 30 juin et 1 devant la RTNC emboîtent le pas. Ce sera tout. Les quartiers et artères comme Ngaba, Triomphal, Sendwe, Laloux, Kitambo magasin et UPN ont miraculeusement disparus de la cartographie.

Le 18 juillet, Félix Tshisekedi initie une visite des chantiers. Le constat est cinglant : les travaux n’ont pas vraiment évolué. L’OVD se défend en accusant la nature du sol mais demeure optimiste, les travaux sont exécutés à près de 40 %.

Kinshasa rate son cadeau de noël

Le président est rassuré tant par le déroulement des travaux que par les solutions à trouver pour embêter moins les automobilistes. Il promet de livrer aux Kinois quelques sauts-de-mouton avant fin 2019. « Ce sera un des cadeaux de noël pour la population kinoise », jure le président. Après tout, noël c’est dans 5 mois, on peut rêver. Décembre arrive sans que le moindre saut-de-mouton ne soit offert.

Après la promesse, la guerre des chiffres

Curieusement, une année plus tard, les coûts explosent. On parle désormais de 46 millions de USD, soit un accroissement de 141% par rapport au coût initial qui couvrait 13 ouvrages contre 7 actuellement. Voilà le miracle à la congolaise. Tout compte fait, au lieu de 2,5 millions de dollars en moyenne, un saut-de-mouton devrait finalement coûter 6,5 millions de USD, soit 6 km de route, une augmentation de 160%.

Les travaux eux n’ont pas vraiment avancé depuis le passage du chef de l’Etat. Dans un article publié sur le site de la primature, le gouvernement tente d’expliquer l’inexplicable. « La restitution de la réunion du vice-Premier ministre en charge du Budget annonce que l’exécution des travaux avoisine les 55%, et le décaissement est à plus de 56%. Pour la construction des sauts-de-mouton à Kinshasa, le coût global des travaux se chiffre à 46 millions de dollars américains. A ce jour, a-t-il indiqué, le gouvernement central doit encore décaisser 13 millions de dollars américains pour finaliser lesdits travaux », peut-on y lire.

Seulement, s’il ne reste que 13 millions sur les 46, cela veut dire que 33 ont déjà été déboursés, soit 71% du coût global, ce que confirme d’ailleurs le ministre Sele dans cet audio (à partir d’une minute 45). Il se dégage dès lors un écart de 16% entre le financement et l’exécution au cas où l’exécution serait réellement à 55%, hypothèse que réfute le ministre des Finances.

« Wait and see ? »

Selon lui, le taux d’exécution moyenne oscille autour de 50%. Pendant ce temps, les travailleurs de Safricas, entreprise qui exécute les travaux dans certains sites notamment à Pompage, se sont vu accorder « anticipativement » des vacances annuels jusqu’au 28 février. Pour le cas de l’ouvrage à construire sur l’avenue Libération, non loin de la RTNC, les ingénieurs justifient le retard par des canalisations de la Régideso et de la Snel. Chose impensable, car les deux entreprises disposent en effet d’une cartographie de tout leur réseau consultable avant la construction des routes. Une erreur d’amateur, somme toute.

Face au ras-le-bol des Kinois dans une histoire qui ressemble à une vaste escroquerie, le président a, lors de la 20ème réunion du conseil des ministres, décidé de lancer un audit sur l’utilisation des fonds. Il prévoit aussi une visite des chantiers dès son retour, encore une autre ! Pourvu que ça marche cette fois-ci. Même si, comme l’a dit le blogueur Romeo Muteba, je pense que les sauts-de-mouton n’éradiqueront pas ce fléau que sont les embouteillages à Kinshasa.

 

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