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Sud-Kivu : Et si la paix commençait par vivre ensemble à Bukavu ?

À l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée chaque 21 septembre, et si la paix, c’était simplement le jour où, à Nguba, dans la commune d’Ibanda à Bukavu, dire « je suis Congolaise » ne serait plus un motif d’insulte ?

Le 7 juillet dernier, une maman fait frire ses beignets à Nguba. Une cliente s’approche. La conversation est normale, puis elle dérape. Pour se défendre dans la discussion, la maman lance : « Moi, je suis Congolaise de père et de mère. »

En face, deux femmes banyamulenge la regardent et lui lancent un mot : « Kichuchu », qui veut dire « néant, nulle, le moins que rien ».

Je n’oublierai jamais le visage de cette maman, la honte, l’humiliation devant tout le monde alors qu’elle affirmait son identité. Depuis ce jour, ce mot tourne dans ma tête : Kichuchu, un mot pour exclure, pour dire que tu n’es pas des nôtres, que tu es moins Congolais que les autres.

De son côté, Julien Namegabe, acteur social de la ville de Bukavu rencontré à l’occasion de la Journée internationale de la paix, explique que dans nos quartiers, nous ne vivons plus vraiment ensemble, nous nous surveillons. « La méfiance est devenue notre langue commune. On se parle, mais on se soupçonne », indique-t-il.

En février 2025, toujours dans la commune d’Ibanda à Bukavu, un jeune garçon de 17 ans, grand et mince, est arrêté par un groupe de jeunes à cause de son apparence physique. « Toi, tu es Rwandais, tu es M23 », lui lancent-ils en le menaçant. Il commence à se justifier. À cause de son visage, il doit prouver qu’il est Congolais.

C’est aussi cela, Bukavu aujourd’hui : on peut être jugé sur un faciès et condamné sur une rumeur.

Quand la méfiance divise

Le problème a deux visages. Le premier, ce sont les réseaux sociaux, où des informations haineuses peuvent circuler très rapidement.

Le second, c’est la manipulation politique. « Certains leaders ont compris que pour exister, ils doivent nous diviser. Alors, ils instrumentalisent les jeunes. Les jeunes de Bukavu sont divisés en mille morceaux : par partis politiques, par des sociétés civiles qui se détestent entre elles, mais également par le tribalisme », affirme Julien Namegabe.

Il ajoute que le résultat n’est pas théorique, mais concret : la déchirure du tissu social et les conflits intercommunautaires. « Aujourd’hui, pour avoir un petit travail de 50 dollars, il faut appartenir au bon camp. Pour avoir une parcelle, il faut être du bon bord. On n’embauche plus un talent, mais plutôt une tribu. Nous avons tué la compétence au profit de l’appartenance », souligne-t-il.

Et si la paix devenait concrète ?

Ce serait une journée où des mamans de Nguba pourraient vendre leurs beignets en disant fièrement qui elles sont sans qu’on les insulte. Une journée où le jeune d’Ibanda pourrait marcher sans baisser la tête, sans avoir peur de son propre visage.

La paix serait possible si les communautés, les autorités et les leaders locaux décidaient réellement de vivre ensemble. Pas une paix de discours dans les salles climatisées, mais une paix dans les marchés, les avenues et les quartiers.

Si cette paix revenait, tout changerait. Un climat de paix et de sécurité pourrait progressivement s’installer. On pourrait de nouveau se rendre à Panzi, Bagira ou Muhungu sans se demander : « Est-ce que je suis chez eux ou chez nous ? »

Tout le monde est appelé à être acteur de paix. Les autorités doivent agir contre les discours de haine et ceux qui les propagent. Les médias doivent se réapproprier la communauté en faisant de la sensibilisation et de la conscientisation à la paix une priorité, plutôt que la seule course aux vues.

Face à la réalité que traverse l’Est de la RDC, particulièrement la ville de Bukavu, Julien Namegabe appelle les jeunes à être des moteurs de paix et de cohésion sociale. Il propose notamment des travaux communautaires capables de réunir des jeunes de différentes communautés de Bukavu : Bashi, Barega, Banyamulenge, Bafulero et d’autres, avec la même bêche, nettoyant la même avenue et débouchant le même caniveau.

Car, selon lui, quand on transpire ensemble pour la même avenue, on ne peut plus se traiter de « Kichuchu » le lendemain.

À cette occasion, il adresse un message simple à la population de Bukavu : « Acceptons-nous mutuellement et aimons-nous. »

Et si la paix, finalement, c’était ça ?

Des jeunes de communautés différentes qui nettoient ensemble la même avenue, qui débouchent le même caniveau. Pas une paix de discours, mais une paix qui se ramasse et se vit ensemble, les mains dans la boue pour un même quartier.

 

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