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Sud-Kivu: les « twangaises », ces jeunes filles des mines victimes d’attouchements sexuels

Nous sommes à Mwenga, cité de Kamituga dans le Sud-Kivu. Ici des centaines de jeunes filles se lèvent très tôt chaque matin pour aller jouer le rôle de concasseuses dans différents carrés miniers. On les appelle ici les « twangaises », un nom issu du verbe « kutwanga » qui signifie concasser ou piler en français. C’est cela leur travail quotidien, et chaque soir elles doivent subir une sorte d’humiliation avant de rentrer à la maison : une fouille corporelle qui inclue souvent des attouchements intimes.

On soupçonne les twangaises de cacher des cailloux contenant de l’or dans leurs habits ou dans leurs parties intimes. Certes, le contrôle à la fin de la journée de boulot est une mesure sécuritaire rendue nécessaire en raison des expériences de vol. Malheureusement, ce qui est censé être une méthode de prévention est devenu une occasion de commettre des abus sur ces femmes dans les carrés miniers !

Le travail quotidien des twangaises consiste à piler les mottes de rocs desquels l’or sera extrait plus tard. Ce sont souvent des femmes qui n’ont plus beaucoup de choix professionnels, des filles devenues mères trop jeunes ou encore celles qui n’ont pas étudié. « C’est depuis 2015 que je fais ce boulot. J’étais mariée avant 18 ans à un creuseur car mes parents avaient des difficultés à payer mes frais de scolarité. Malheureusement mon foyer n’a pas tenu, le mari m’a abandonnée pour une autre carrière minière et c’est comme ça que je suis rentrée dans ma famille. Voyez-vous, je ne pouvais pas croiser les bras avec la charge de deux enfants. J’ai jugé bon de venir casser les pierres ici pour nourrir ma famille », confie Kungwa Kika, 21 ans.

Salaire d’une twangaise : moins de deux dollars par jour !

Actuellement, Kamituga compte dix-neuf carrés miniers dans lesquels ces femmes et jeunes filles se bousculent pour travailler et avoir de quoi se mettre sous la dent. Le revenu en tant que pileuse de rocs d’or est de moins de 2$ par jour, donc pas suffisant pour leur permettre de vivre. Cela pousse certaines femmes à voler des pierres qu’elles revendent pour arrondir leurs fins de mois. Elles ont même élaboré des stratégies pour le faire : par exemple les « Wazekwa », ces poches secrètes que les femmes font coudre dans leurs habits et pouvant contenir jusqu’à deux kilos de cailloux.

C’est de là que sont venus les soupçons. Et des soupçons, sont venues les mesures de lutte contre ce genre de vol, ensuite ces mesures ont donné lieu à des abus. Wabiwa, une de ces femmes témoigne : « Je me rappelle que ce soir-là vers 18h j’étais trop fatiguée. Juste quand je voulais rentrer à la maison, l’homme qui surveillait notre groupe, et dont d’ailleurs j’avais refusé les avances auparavant, a alerté les autres jeunes gens qui étaient là comme quoi je venais de cacher des cailloux dans mon sous-vêtement. Immédiatement, les jeunes se sont saisis de moi, ils m’ont emmenée brutalement dans une chambre d’une maison située juste à côté. Cet homme est venu, il m’a fouillée partout, et en a profité pour toucher mes parties intimes. N’ayant rien trouvé, il m’a laissée partir, mais après il a commencé à me chahuter. » Et d’ajouter : « Des fois, nous prenons la décision de porter plainte, mais après avoir réfléchi nous renonçons, car nous craignons de perdre notre boulot. »

Offrir son corps pour se faire pardonner un vol

Les châtiments sont rudes quand une femme est prise en flagrant délit de vol de cailloux. Soit elle est tabassée, soit elle se retrouve au cachot. La seule façon d’y échapper est parfois de coucher avec le responsable de la sécurité ou le gérant du site. Mamy est une autre twangaise. Elle se souvient d’une amie qui s’y était résolue : « Notre collègue avait été surprise entrain de faire l’amour avec le gérant du site. C’était parce qu’elle cachait quelques pierres dans ses vêtements. Le gérant l’a obligée à coucher avec lui afin qu’elle ne soit pas remise entre les mains de la police qui surveille le site. » C’était l’option la moins dure car en prison les risques sont pires !

L’exploitation sexuelle et tous ces abus ne sont pas les seuls dangers auxquels font face les twangaises. Non seulement, les infections sexuellement transmissibles les guettent, mais aussi elles risquent des infections pulmonaires car elles concassent les pierres sans masque de protection. Elles peuvent aussi contracter des cancers et autres maladies de la peau car elles n’ont aucune combinaison de protection. Hélas, c’est cela la vie des twangaises dans ces mines perdues du Sud-Kivu. Malgré ces conditions déplorables, devenir twangaise est encore un rêve pour certaines qui n’ont pas d’autre option.

 


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