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Goma : ces femmes concasseuses de pierres qui construisent notre ville

S’il est connu chez nous que c’est souvent à la femme que revient la tâche de nourrir la famille, il est moins reconnu que certaines font bien plus. Ce sont ces femmes qui ramassent des pierres dans la ville de Goma, les concassent avec leurs mains pour en faire des moellons, nécessaires pour couler du béton. Elles nourrissent ainsi leurs familles et construisent à la fois notre chère ville de Goma.

Si des maisons à trois ou quatre étages poussent ici, depuis l’éruption volcanique de 2002, c’est aussi grâce au travail de titan que ces femmes réalisent, des fois à mains nues tous les jours ! De dimanche à dimanche, ces femmes travaillent sans relâche.

Elles se rendent à l’endroit où elles travaillent par groupe de 5, 6 ou 10. Très tôt le matin, ces femmes papotent, heureuses et rient souvent en marchant. Leur lieu de travail, c’est au nord de la ville de Goma, dans le territoire de Nyiragongo. Leurs bureaux sont ces grosses roches volcaniques, les laves qui ont séché. C’est donc un gisement inépuisable, un don de ce majestueux volcan, à côté des dommages qu’il avait causés. Ces roches ont nourri certaines d’entre-elles pendant les dix dernières années !

Une femme dans une carrière de lave séchée.

Comme à l’âge de pierres, les plus démunies de ces femmes n’utilisent que des grosses pierres pour concasser les plus petites et en faire des moellons. Mais d’autres ont des outils, qui munie d’un marteau, qui d’une pioche, qui d’une pièce inconnue d’un véhicule localement transformée pour faire ce travail.

Une femme cassant des pierres avec un outil inconnu.

Ce matin je les ai suivies au nord de la ville, l’une d’entre elles m’explique : « Notre collecte de pierres se fait de deux façons, d’abord nous sillonnons la ville et nous ne passons jamais devant une pierre de petite taille, un moellon, nous les ramassons. Mais les moellons que l’on préfère sont ceux que nous faisons depuis les laves séchées. Alors après en avoir ramassé assez, nous nous retrouvons ici dans le territoire du Nyiragongo, ou dans les quartiers périphériques de Goma Turunga ou Kibwetville, et c’est là que le vrai boulot de concassage commence. »

Après en avoir cassé un volume important, les moellons sont mis dans des sacs de ciment détournés ici de leur objectif premier, pour aider au transport des pierres vers Goma. Là-bas les sacs sont mis en tas en attendant un acheteur que ces femmes partent chercher sur des chantiers.

Des moellons mis en sac, prêts pour la vente.

Un travail de tous les dangers !

Elles cassent la pierre en les transformant en moellons sans machines ni marteau piqueur. Elles travaillent avec les mains et exposent leurs yeux car elles n’ont aucune protection. Combien de fois des éclats de pierres leur ont sauté dans les yeux, créant des irritations ? Elles ne peuvent les compter. Combien de fois elles se sont blessées aux doigts avec leurs outils rudimentaires ? Seules les cicatrices sur leurs mains peuvent y répondre. Et comme si cela ne suffisait pas, le territoire de Nyiragongo n’est pas ce qu’au Nord-Kivu on peut appeler zone « safe » ! Mais ces femmes ont compris la seule leçon de vie que tout Congolais apprend tout seul. Ne jamais compter sur le gouvernement.

Des femmes marchandant le prix de leur marchandise.

« Regarde mes doigts et mes mains, ils n’ont plus rien des doigts et mains de femme, tellement ils ont durci », me montre une femme. Et d’exprimer son ras-le-bol : « Je suis veuve d’un militaire mort pour son pays, mais nous ne recevons rien des autorités ni civiles, ni militaires. Depuis neuf ans je fais ce travail dur, il le faut car je ne peux pas compter sur notre gouvernement pour m’aider.»

Un autre danger est celui lié à l’Homme dans sa nature égoïste. « Des fois certains patrons prennent à crédit nos marchandises. Mais quand l’échéance de paiement arrive, ils ne nous payent pas. Ou alors le font avec de gros retards. Ces retards de paiement nous pénalisent beaucoup car à notre tour, nous prenons des engagements en fonction des promesses reçues. En tant que femme, être exposée à des conflits d’argent n’est pas une situation enviable », raconte une autre femme.

Malgré ces dangers, ces femmes qui font leur travail avec leurs seules mains, continuent car elles sont motivées par l’envie de nourrir leurs enfants. Ces lionnes africaines ne se doutent pas que toutes ces belles maisons qui redonnent sa couleur à la ville de Goma sont en grande partie aussi leur œuvre.

Elles papotent en faisant leur travail.

 


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Les commentaires récents (1)

  1. Bel article, j’ai.beaucoup aimé votre plume. Ces Femmes sont des véritables héroïnes et nous donnent la leçon de l’autoprise en charge.
    Elles devraient aussi s’organiser en.Coopérative afin de mieux faire développer leurs activités.

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