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Les avortements clandestins, une pratique à haut risque

On en parle moins, pourtant ce sont des vies qui sont en danger. Les avortements clandestins sont une pratique très dangereuse qui coûte la vie à des milliers de jeunes filles congolaises chaque année. Une étude a montré qu’en 2016, rien qu’à Kinshasa, près de 150.000 avortements clandestins ont été pratiqués. Il est temps de sortir l’avortement du tabou, tout comme toutes les questions sur la sexualité. Il faut en parler.

Il y a une double dimension à l’avortement clandestin. D’abord la pression sociale, dont celle des parents. Tomber enceinte est une honte pour la famille. Ensuite, c’est illégal d’avorter, sauf quand c’est un avortement thérapeutique.

Les adolescentes craignent les parents plus que la mort

« Je venais d’avoir15 ans et j’étais en 3e année du secondaire. J’ai eu des rapports sexuels avec mon petit ami à l’époque. Il vivait encore chez ses parents, et donc ma grossesse était quelque chose qui allait nous compliquer la vie à nous deux », raconte  Evelyne Mastaki (non d’emprunt). La seule option était d’avorter car elle n’était pas prête à devenir mère, mais surtout avec son ami, ils avaient peur de la réaction de leurs parents. Pourtant, cela a failli coûter la vie à cette jeune fille. « Nous avions une telle peur de nos parents que l’avortement s’imposait. Mais j’ai eu beaucoup de complications. Je saignais sans arrêt, je devenais très faible. Si ma sœur aînée ne m’avait pas découverte gisant au sol dans ma chambre, j’en serais morte. Elle m’a transportée d’urgence à l’hôpital, et j’ai été prise en charge », se souvient Evelyne. Hélas, elle n’est pas la seule dans cette situation. Elle serait restée mourir dans sa chambre plutôt que d’aller avouer son problème aux parents.

Une autre histoire est celle de Florence. Elle habitait chez sa sœur aînée mariée. Sous le même toit, habitait aussi le jeune frère de l’époux de sa sœur. Ils ont commencé à coucher ensemble jusqu’à ce qu’elle découvre que ses règles étaient absentes. « Quand je l’ai avoué à Yves (l’auteur de la grosses se), il a fui et a quitté la maison, me laissant seule. J’ai donc décidé d’avorter, mais l’infirmière a beaucoup traumatisé mon corps. Mon utérus en a encore des séquelles aujourd’hui. Mes chances de procréer sont minimes », regrette Florence. Son copain a fui craignant la réaction de son frère aîné. Florence a dû avorter pour préserver sa sœur de la honte.

Selon la même étude citée ci-haut, 56 femmes sur 1000 en âge de procréer ont avorté en 2016 dans la capitale. Imaginez le danger que cela représente ? Si les chiffres annoncés ici concernent seulement la capitale, qu’en est-il des provinces ? En plus, vu que la clandestinité est un domaine difficile à bien cerner, les chiffres seraient sûrement plus importants.

L’avortement : un tabou familial et national

Docteur Frank Akamba, expert au ministère de la Santé publique, explique que « les questions d’avortement sont très  peu évoquées  en famille. Au niveau national, peu d’études sont faites sur cette problématique, malgré l’ampleur du phénomène et ses conséquences sociales, mais aussi son impact négatif dans notre société ». Il encourage des débats ouverts sur la question.

Des avancées vers l’avortement sécurisé 

En 2018, il y a eu une avancée majeure avec le Protocole de Maputo qui autorise l’avortement sécurisé pour des cas spécifiques des femmes et des jeunes  filles victimes d’agressions sexuelles, viol, inceste, mais aussi lorsque la santé mentale et physique de la mère ou la santé du fœtus est en danger.  «  Ces  mesures doivent être respectées et mises en application pour mettre fin aux avortements clandestins », nous dit Muhindo Kasereka, membre de la société civile du Nord-Kivu.

Dans un pays où près de 900 femmes sur 100.000 meurent à l’accouchement, le taux de mortalité maternelle, avortements clandestins inclus, reste très élevé en RDC. Il faut soit des mesures qui empêchent de tomber enceinte, soit alors que l’avortement soit légalisé.

 

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