La Ceni : une institution pas totalement indépendante

À son article 2, la loi électorale donne à la Ceni le monopole d’organiser les élections de manière indépendante et  d’en assurer la régularité. Cependant, quoique indépendante sur le plan fonctionnel et sur papier, la Ceni ne l’est pas financièrement.

« Je suis indépendant […] Et en tant que président de la Commission électorale, je suis le garant de la bonne organisation de ces élections », a déclaré récemment le président de la Ceni lors d’un  entretien avec le journal Le Point Afrique. Mais cette indépendance que Corneille Nangaa professe n’est que de façade.

À vrai dire, la Commission électorale nationale indépendante n’a jamais fait l’unanimité en RDC. Beaucoup lui reprochent d’être manipulée par le régime de Joseph Kabila. L’indépendance de la Ceni est mise en doute par une bonne partie de la classe politique et même de la population. Mais il faut reconnaître qu’il est difficile pour cette institution de garantir son indépendance lorsqu’elle n’a pas de moyens propres à elle. À chaque fois, elle doit tendre la main au gouvernement pour son fonctionnement et pour organiser les élections. L’adage ne dit-il pas : « La main qui vous nourrit vous domine ? »

Indépendant tout en dépendant du gouvernement

Nul n’ignore que la Ceni est financée par le gouvernement et ses partenaires. Donc, elle est totalement dépendante du tempérament des autorités quant à son financement. Et les élections en souffrent. En 2016, outre les problèmes de mise à jour du fichier électoral, le manque de financement était l’une des raisons majeures du report des élections . Cela veut dire que si le gouvernement ne finance pas, malgré son indépendance affirmée, la Ceni ne peut être  en mesure d’organiser les élections. Elle dépend donc du bon vouloir du gouvernement en place.

Évoquant cette question du financement de la Ceni lors d’une rencontre avec les médias en février 2017, Corneille Nangaa déclarait : « Tout dépend de leur volonté [volonté des politiques] à mettre en œuvre l’accord de la Saint-Sylvestre. » Donc, l’organisation des élections par la Ceni est toujours dépendante de la volonté des acteurs politiques. Pas étonnant qu’une incompréhension se soit manifestée au grand jour entre le président de la Ceni et le ministre du Budget Pierre Kangudia. Ce dernier déclarait qu’il fallait 1,8 milliards de dollars pour organiser les élections en RDC, alors que le président de la Ceni, Corneille Naanga, parlait, lui, de 1,3 milliard.

Le financement anticipé serait la solution

La durée du cycle électoral est de cinq ans en RDC. Pourquoi la Ceni doit-elle toujours attendre la veille des scrutins pour chercher les financements ? Pourquoi ne pas les chercher même trois ans avant ? À moins que ce soit une volonté délibérée de retarder les élections. Il est temps que soient mis en place des mécanismes de financement anticipatif de la Ceni. C’est-à-dire qu’on ne doit pas attendre l’année électorale pour nous dire que la Ceni n’a pas de moyens. L’État doit la doter des moyens permanents. On peut aussi créer un mécanisme d’autofinancement de la Ceni. Ce qui épargnera cette institution de dépendre des humeurs des politiciens.

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