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Ebola : cette épidémie qui nous impose des comportements abjects !

Au début du mois d’Août 2019, Ebola a totalisé une année en province du Nord-Kivu et de l’Ituri. Une année après, l’épidémie a fondamentalement modifié nos habitudes et comportements (nous habitants du milieu). Certes, les leçons sur l’hygiène qu’elle nous a apprises ont aidé à réduire le taux de maladies dites de « mains sales ». Cependant, son avènement a aussi perturbé notre mode de vie.  Voici quelques comportements et/ou attitudes que ce virus nous a imposés.

Ebola et la phobie de l’autre

Ebola a créé un fossé entre nous et nos proches. Et qui plus est, certaines manières ont disparu de nos relations. Pourtant, elles y jouaient un rôle significatif ! Les visites, les proximités, etc. ont diminué d’ampleur. De même, certaines pratiques qui pourtant sont une expression tangible de notre affection envers les autres sont frappées d’interdiction. À cause d’ebola, plus question de se serrer la main, de s’embrasser, de baiser sa copine, etc. Comment ces personnes dont le langage de l’amour passe par les contacts physiques se sentent-elles ?

Ebola contre nos pratiques traditionnelles

Ebola a modifié nos habitudes de vie. Notre hospitalité traditionnelle se heurte à certaines barrières, par crainte de venir en aide à un malade ou à un porteur d’ebola. Nos malades eux aussi ne bénéficient plus assez de notre proximité lorsqu’on doit les isoler dans des Centres de traitement d’ebola. Et s’ils en meurent, aucun rite culturel ne peut être fait immédiatement pour leur honneur. Quel dommage ! Pourtant, dans nombreuses familles le deuil est un lieu d’interaction où beaucoup de gens viennent à se rencontrer et parler à face.

Au-delà du remord, le traumatisme…

Imaginez-vous dans quelle douleur se trouvent des centaines d’orphelins, veufs et veuves qui ont subi la cruauté de ce virus ? Perdre tous ses familiers et être le seul rescapé… Je crois que si on n’est pas psychologiquement fort, même des maladies mentales peuvent s’en suivre. Quand vous essayez de repenser aux évènements malheureux de l’enterrement de vos parents ou proches (en vous mettant au loin des événements), sans qu’un deuil ne soit organisé, avec beaucoup de frustration sur une probable contamination à laquelle vous pouvez avoir été exposé… Aucun doute que la psychologie des survivants de cette maladie, celles des rescapés, celles des familles qui en ont été victimes, celle des proches ou même de ceux qui ne le sont pas mais qui observent passivement ne peut qu’être affectée !

Et les survivants et les rescapés eux-mêmes : croyez-vous qu’une femme d’un mari guéri d’ebola pourrait l’affectionner comme avant ? Ou même, une fille guérie aura-t-elle la même appréciation que les mecs avaient d’elle ? Du coup, une telle personne voudrait se faire un combat psychologique contre elle-même. Merci aux équipes de psychosociologues pour leur effort de réintégration des guéris, mais je crois que ce n’est pas facile.

Il est vrai que chaque coin du monde a ses réalités. Mais je crois qu’avec notre expérience, ceux qui n’ont jamais connu ebola devraient être prudents, puisqu’elle vous imposerait des comportements indésirables. Et si par malheur vous en êtes victimes, la collaboration et le respect des instructions médicales données restera votre seule solution. « Aux grands maux de grands remèdes », dit-on.

 

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