La fermeture des frontières entre certains pays de la région des Grands Lacs soulève aujourd’hui de nombreuses inquiétudes, notamment sur les conséquences sanitaires qu’elle pourrait engendrer. Si ces restrictions visent à contrôler la circulation des personnes et à limiter la propagation des maladies, elles poussent malheureusement certains voyageurs à emprunter des voies clandestines, créant ainsi un risque plus important de transmission des virus.
Mon récent voyage à Kinshasa, puis à Kisangani, en est une illustration. Invitée à participer à une conférence organisée avec Ebuteli, une activité initialement prévue pour deux jours s’est finalement prolongée pendant près de trois semaines.
Après Kinshasa, je devais rejoindre Beni, puis organiser mon retour vers Goma. Ce déplacement s’est transformé en un véritable parcours du combattant. Plusieurs agences de transport ont décliné le voyage en raison de la situation aux frontières. C’est finalement avec l’aide de mon mari que j’ai pu louer un véhicule d’une compagnie ougandaise afin de poursuivre mon trajet.
Arrivée à Kasindi, la réalité était frappante : comme plusieurs autres voyageurs, j’ai dû traverser la frontière sans formalités officielles. Pour rejoindre l’Ouganda, il fallait quitter les voies habituelles et passer par une petite forêt, traverser une rivière sur le dos d’un jeune garçon de Kasindi qui gagne sa vie en aidant les passagers à franchir ce passage.
Cette situation n’est pas un cas isolé. Des voyageurs à destination de Kampala, Nairobi ou même Bujumbura empruntent ces itinéraires clandestins. À Bunagana également, j’ai vécu une expérience similaire : une fois arrivée près du passage, plusieurs motards attendaient déjà les passagers. Ils semblaient connaître parfaitement ce système. Nous avons même croisé un voyageur venant de Bunia qui empruntait le même chemin.
Ces passages clandestins représentent un véritable danger. En période de risque sanitaire, comment assurer un contrôle efficace, un dépistage ou un suivi des voyageurs lorsque des milliers de personnes traversent les frontières en dehors des points officiels ?
La question mérite une attention urgente. La réouverture progressive et sécurisée des frontières pourrait permettre de mieux organiser les mouvements des populations, renforcer la surveillance sanitaire et éviter que les restrictions ne créent des circuits parallèles incontrôlables.
Il faut également rappeler que dans certaines zones comme Bunia, des cas avaient déjà été signalés depuis février 2026. Ce n’est qu’en mai que l’attention internationale s’est davantage portée sur la situation avec la déclaration d’une urgence sanitaire.
La lutte contre les épidémies ne peut pas seulement passer par la fermeture des frontières. Elle doit aussi intégrer la réalité des populations qui vivent, travaillent et circulent quotidiennement dans cette région. La santé publique exige des solutions qui protègent les citoyens sans les pousser vers des voies plus dangereuses.
