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La galère d’être homosexuel dans une famille congolaise, témoignage de Hervé (1/2)

Patou et Hervé sont deux jeunes Congolais homosexuels de 31 et 32 ans. Ils sont d’une même famille. L’un vit encore au Congo, l’autre hors du continent. Depuis deux semaines, j’ai pu discuter avec eux sur WhatsApp sur la question du rejet dont ils font l’objet dans leur famille. Les deux hommes partagent la même souffrance, surtout quand certains membres de leur famille les ont rejetés après leur coming out. Ils ont tous les deux frôlé la dépression et même le suicide, tellement la pression de la famille était forte.

Hervé est né à Kinshasa et travaille depuis quelques années en France. Il a découvert son attirance pour les hommes vers l’âge de 7-8 ans. C’est à ce moment-là qu’il a embrassé pour la première fois un garçon. Une fois devenu adulte, il affirme avoir tout compris. Il témoigne : « J’ai réellement pris conscience de cette attirance à mes 21 ans, je sortais d’une longue période de questionnement sur les croyances et je m’engageais sur une recherche intrinsèque de ce qui ferait mon bonheur. C’est dans cette démarche que j’ai réalisé qu’il y avait une chose au fond de moi qui brûlait pour les hommes et j’ai voulu l’explorer. »

Demandez à Hervé quelle est sa préférence sexuelle, il vous répondra ceci : « Votre question est très vague pour quelqu’un qui maitrise autant la vaste sphère de la ‘’sexualité’’. Je vais essayer de faire simple, la nature m’a fait mâle, je me définis comme un cisgenre d’orientation sexuelle bisexuelle mécaniquement parlant, même si sentimentalement parlant je penche plus vers une attirance homosexuelle. »

Un coming out difficile

Comme il dépendait encore financièrement de sa famille, il a dû attendre trois ans avant d’en parler à un premier membre de sa famille. « Il n’y avait pas un besoin urgent de faire un coming out, je dépendais énormément de ma famille et je voulais atteindre une certaine indépendance financière avant de le faire. Je savais que ce serait un désastre si je le faisais avant, car quelques années plus tôt j’avais été sévèrement puni pour avoir fait deux piercings à l’oreille droite. »

Le frère aîné de Hervé est le premier à le soupçonner, le sachant très proche de Patou (dont il a découvert l’homosexualité en consultant son compte Facebook)… Ce frère questionne Hervé. Il raconte : « Je lui ai avoué aussi à mon sujet. Il a voulu me faire réfléchir pour changer, mais ses arguments sur la religion ne me convainquaient pas. (J’étais déjà non-croyant à l’époque.) Les jours qui ont suivi, quelques-uns de mes sœurs et frères m’ont contacté pour parler du sujet, ça a été plutôt bien géré entre nous… »

Mais le plus dur fut quand sa maman l’a découvert via une autre personne, sa réaction fut un choc pour Hervé :

« Le plus dur a été le outing auprès de ma mère par mon oncle, j’aurais voulu le faire moi-même. Elle l’a appris de quelqu’un d’autre et a organisé une réunion familiale au cours de laquelle, on m’a appelé pendant au moins deux heures au téléphone et j’ai fini par craquer et leur dire que j’étais homosexuel. J’aurais tellement voulu qu’elle m’en parle de mère à fils, il m’a fallu environ un an pour m’en remettre, je n’ai pas parlé à ma mère pendant plusieurs mois. Heureusement pour moi, j’étais déjà indépendant à ce moment-là. »

L’homosexualité n’est pas due à une influence quelconque

Curieux, j’ai demandé à Hervé : « En toute honnêteté, que répondriez-vous à ceci : croyez-vous être né ainsi, ou alors serait-ce une influence extérieure qui aurait été un des facteurs déclenchants ? » Car en règle générale, c’est surtout cela que pensent les familles, c’est soit un démon, un esprit malin ou un ami qui aurait influencé notre enfant à « devenir » homosexuel. Hervé me répond : « Je ne pense pas que le monde soit binaire (femelle, mâle). Je suis convaincu que biologiquement, il y a une panoplie de variation autour de ces deux genres. »

Et de poursuivre : « L’identité sexuelle est un construit social, on ne naît pas homme ou femme, c’est la société qui nous y oriente. Quant à l’orientation sexuelle, c’est une question d’attirance. J’ai conscience que l’objet de mon attirance peut changer du jour au lendemain et cela dépend des facteurs personnels et externes que je ne maîtrise pas. Je pense qu’il y a un peu des deux. »

Obligé de vivre en retrait vis-à-vis de sa famille

« Actuellement, je vis à l’écart de mes proches, pour éviter d’être une gêne, un sujet de honte pour eux. J’ai un grand cercle familial dans le pays où je vis actuellement et même autour, mais je reste seul dans mon coin. Je vous avoue que c’est très dur, j’ai une famille chaleureuse mais je n’aimerais pas qu’il y en ait un (ou une) qui soit dérangé juste par ma présence », raconte le jeune homme.

« Je me suis retrouvé une fois aux urgences à minuit pour une complication articulaire et libéré à 04h du matin. Je ne pouvais même pas appeler quelqu’un de ma famille pour raconter ce qui m’arrivait, j’ai fait le choix de la solitude… Il y a des fois où on se sent proche d’une dépression, mais j’ai la chance d’avoir une personnalité suffisamment forte pour tenir. Il y en a peu qui se permettraient ce genre d’aventure. Mais une tristesse continue, c’est constant au fond de nous. J’espère juste que les prochaines générations ne seront pas obligées de subir cela. »

 


Vous pouvez lire aussi : La clandestinité pour vivre son homosexualité à Lubumbashi

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Les commentaires récents (3)

  1. c’est juste une très grande honte de voir ce genre d’habitudes signalées par la bible et quant à moi ce sont les signes du temps de la fin … nga nazo ika mpiko kino mokolo Yesu masiya akoya ko zwa ngai

  2. je pense que être un homosexuel dépend d’abord de ton éducation de base et aussi de compagnie que tu fréquenté quand tu grandissait; aujourd’hui dans notre pays c’est très difficile d’accepter se genre de chose, vu qu’un grand nombre de la population sont de chrétien et de musulman ce n pas facile de comprendre ces choses. quand a moi si tu es un garçon reste un garçon et non se faire passé comme une fille. RESTONS CHRÉTIENS ET RESPECTONS NOS COUTUMES C PRUDENT

  3. J’ ai l’impression que c’est davantage difficile d’être homosexuel soi-même que de l’observer.chez le.non-concerné.
    Sachons d’être tolérants et de comprendre avant tout les.raisons.

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