Le combat pour la démocratie en République Démocratique du Congo exige souvent un prix que beaucoup ne sont pas à mesure de payer. Qu’il s’agisse de l’exil ou la prison, les rares qui prennent ces risques méritent d’être immortalisés dans la mémoire collective.
J’écris en ce jour pour rendre hommage à Joël Mbiya (né le 14 juin 1993 et décédé le 08 octobre 2025), qui a consacré sa vie à lutter contre la prédation, la mauvaise gouvernance et l’injustice sociale; jusqu’à en payer le prix fort par sa vie.
Aujourd’hui, alors que le silence de la pierre tombale remplace la tumulte de nos manifestations, je prends ma plume. Non pas pour pleurer car les héros ne meurent pas, ils s’endorment dans la conscience collective; mais pour témoigner.
Un sacrifice dans l’ombre et la clandestinité
Le 30 septembre 2025 restera gravé dans ma chair et dans mon esprit. Devant l’Assemblée provinciale de la Tshopo, sous les gaz lacrymogènes et les coups de matraques, Joël et moi ainsi qu’une vingtaine des camarades activistes avions tenu bon face à une répression policière brutale. Ce jour-là, nous avons été molestés et bastonnés comme des bandits, pour avoir osé demander des comptes. C’était au cours d’un sit-in pacifique dénonçant la dilapidation des ressources publiques par les autorités provinciales.
Mais le calvaire de Joël n’a pas pris fin à la fin de la manifestation. Menacé, traqué pour son engagement citoyen, il a été contraint à la clandestinité. C’est en raison de l’impossibilité pour lui de recevoir des soins convenables pendant qu’il était souffrant, lui qui avait peur d’être interpellé, que sa santé a considérablement décliné.
L’épreuve du silence carcéral
A la suite de cette manifestation du 30 septembre 2025 mentionné ci-haut, j’ai été arrêté et détenu pendant 27 jours avant d’être acquitté en appel. Pendant que je croupissais dans ma cellule, ma plus grande torture ne fut ni l’isolement, ni la privation de liberté mais l’impuissance. Apprendre la mort de celui que j’appelais affectueusement mon ‘’Sniper’’ pour sa précision d’esprit et son courage sans pouvoir l’accompagner à sa dernière demeure, fut une déchirure indicible et une torture émotionnelle.
Joël est mort alors qu’il luttait encore, au dehors, pour exiger ma libération. Le jour de son décès Il était impliqué dans l’organisation d’une marche pacifique exigeant ma libération. Son dernier acte sur terre fut un geste de solidarité fraternelle et de lutte contre l’arbitraire.
Un héritage de résistance
Joël Mbiya n’était pas qu’un journaliste de Kis24.Info ou le coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi. Il était véritablement un rempart contre la prédation, l’injustice sociale et la tyrannie. On se souviendra notamment de sa contribution substantielle dans l’élaboration d’un rapport accablant sur FRIVAO . Il incarnait cette jeunesse qui refuse de courber l’échine devant la corruption qui gangrène nos institutions.
Le sang des martyrs de la démocratie est la semence de notre future liberté. Joel est notre héros. Son sacrifice nous oblige à lutter sans faiblir et à ne jamais trahir la cause pour laquelle il a rendu son dernier souffle.
Repose en paix mon frère. Ton combat continue à travers chacun de nos slogans, chacune de nos marches et chacun de nos écrits.
A luta continua, victoria es certa.
