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La prière pour la paix de Moïse Katumbi fait polémique

Le 19 janvier dernier à midi, Gabriel Kyungu et Charles Mwando, membre du G7 qui s’oppose à Joseph Kabila, ont prié pour la paix à la Place de la poste, au centre-ville de Lubumbashi. Une centaine de personne les entouraient. Ils ont choisi un jour symbolique : un an plus tôt, à cette même date, des manifestations contre la révision de la loi électorale faisaient plusieurs victimes.

La prière pour la paix à Lubumbashi et sur Facebook

Le lendemain à midi, de nombreuses personnes les imitent dans différents lieux à travers la ville. Ils sont visibles à la poste, dans les arrêts de bus, ou dans les bureaux. Des photographies sont prises et postées sur facebook. Elles alimentent de nombreuses discussions qui tournent parfois en attaques entre les pro et anti-Katumbi. On pouvait lire les paroles suivantes : « La prière n’est pas un objet de propagande ou de manipulation politique », ou encore « C’est du cinoche à mon avis! Dommage! ». D’autres affirmaient : « Du théâtre ça ! ». Pour certains, Kyungu et Mwando n’ont pas la chance de respecter leur mot d’ordre, à genoux, vu leur âge. A l’inverse, un internaute pense que « Dieu voit, entend et, surtout, il exhaussera cette prière ». Enfin, un autre encore est on ne peut plus politique : « Nous invoquerons Dieu partout. Vous avez des chars et les armes, nous, nous n’avons rien que notre Dieu créateur pour nous sauver ». Malgré cette détermination, la prière publique est étouffée en raison de « l’interdiction de toutes les manifestations publiques, politiques ou religieuses » prononcée par le maire de Lubumbashi.

La prière pour la paix suspectée

Certains accusent la prière pour la paix d’être un moyen par lequel Katumbi et ses proches assurent leur propagande politique. C’est le cas d’un opposant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) : « Notre Seigneur est-il politicien ? A-t-il un parti politique ? Peut-on faire le théâtre avec la foi ? Voilà les vraies questions qui méritent des réponses. Moi je ne suis pas pharisien pour mener des actions devant les statuettes de sirènes à la poste » [Moïse Katumbi a aménagé une fontaine entourée de statues et d’animaux en face de la Poste, à Lubumbashi]. [C’est] quel Dieu que vous priez devant les déesses grecques ? » lui répond sans détour un autre internaute : « Initiez aussi votre campagne au lieu de toujours critiquer les autres. L’UDPS va participer au Dialogue initié par le président Kabila qu’elle a toujours contesté. Cessez de toujours juger les autres».

Prière, acte d’espoir ou de désespoir ?

Pour Paul Shamwange du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (parti présidentiel) et théologie, selon lui-même, les membres du G7 seraient à bout d’inspiration politique. « Dans la psychologie religieuse, un politicien qui fait des choses comme ça (la prière comme action politique, d’après lui), c’est un désespoir…Ils sont fragilisés », ironise-t-il, tout en riant. Un proche de Moïse Katumbi explique, en revanche, que cette prière ne vise qu’à bénir les actions en vue de les rendre efficaces. Moïse Katumbi aurait l’habitude de recourir aux prières même lorsque son équipe de foot joue. Elles ne viseraient donc pas à remplacer le combat politique qui, lui, ne s’arrête pas. « Nous voulons la paix. C’est pourquoi nous implorons le Très-Haut tous les jours pour qu’il y ait l’accalmie dans le pays » explique Papin Kyungu du MSR, membre du G7. Mais Janvier Tshovo du Mouvement de Libération du Congo vise, à travers cette prière, l’alternance pacifique du pouvoir en RDC. « Nous avons besoin de la paix, surtout en cette année électorale. Certains s’appuient sur leurs chars, nous, comme David devant Goliath dans la Bible, nous préférons nous appuyer sur notre Dieu». 

Depuis l’interdiction de « toute manifestation publique, politique ou religieuse », par le maire de Lubumbashi, le 24 janvier, les lushois qui soutiennent cette campagne prient discrètement, par peur des représailles. A Goma et à Mbuji-Mayi, autres fiefs de l’opposition à Kabila, l’appel de Katumbi est passé presque sous silence. « Nous l’avons appris. Mais je n’ai pas vu les gens prier », explique de Mbuji-Mayi, le journaliste Jean-Hubert Bondo. Même situation, ou presque, à Kinshasa. Mais de sa cellule de prison où il est détenu, l’opposant pro-Katumbi Jean-Claude Muyambo a publié une photo sur laquelle on le voit en prière, à genoux. Derrière lui se tient son collègue de l’Union pour la nation congolaise Jean-Bertrand Ewanga, en visite.

Ceux qui prient pour la paix sont centrés dans l’ex Katanga, mais originaires de différentes provinces de RDC. Ils sont basés à Lubumbashi et sont catholiques, protestants, ou musulmans.

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