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Lubumbashi : les journaliers, une main d’œuvre exploitée

Depuis que les emplois sont devenus rares au Congo, beaucoup de gens travaillent comme journaliers. À Lubumbashi, ce vocable « journalier » s’applique à la main d’œuvre moins coûteuse qui se recrute parmi les pauvres, les analphabètes et les personnes issues de l’exode rural. Ce sont des travailleurs dont la force physique est exploitée à moindre coût par des entreprises.

J’ai infiltré une fabrique d’emballages et de conditionnement de produits cosmétiques. Comme d’autres sociétés d’expatriés basées à Lubumbashi, la fabrique emploie des journaliers, c’est-à-dire des personnes sans contrat de travail et qui offrent leur force physique chaque jour contre rémunération.

Le constat est alarmant. Il rejoint celui de Jean Jacques sur Wikipedia, pour qui « les conditions de vie du journalier citadin sont encore plus difficiles qu’au village ». Pourtant, les gens accourent vers les villes, en RDC espérant trouver un meilleur emploi.

Le prix de la force physique du journalier à Lubumbashi

Théo (journalier depuis plus de cinq ans) doit se montrer disponible, même quand il ne se sent pas en forme. Car, en effet, la concurrence est rude avec de nombreux autres demandeurs d’emploi prêts à travailler pour la même entreprise. Il doit travailler chaque jour, sans quoi il n’aura rien pour vivre. Les journaliers sont malheureux lorsque les jours fériés, toutes les sociétés privées ou publiques ne fonctionnent pas. Ou encore, lorsque le manque d’électricité empêche les entreprises de fonctionner.

Chaque matin, le journalier est enregistré sur une liste d’une société fictive qui le sous-traite. Malgré le fait que le journalier travaille durement, cette société fictive empochera 2000 francs congolais sur les 4500 (3 dollars) qui devraient lui revenir. Bref, à Lubumbashi, un journalier travaille pour lui-même, pour son entreprise, et pour une autre qui n’existe pas.

Pourquoi cet intermédiaire ?

En utilisant les intermédiaires, l’entreprise fictive qui gagne de l’argent sur le dos des sans-emplois, « se libère ainsi de toute charge » vis-à-vis de quiconque, affirme Théo, un journalier. « En cas d’accident de travail, cette charge incombe au sous-traitant qui n’aura qu’à sortir l’accidenté de l’usine », explique Théo.

Pour sa journée de travail, le journalier bénéfice d’un casse-croute, notamment un morceau de pain sec, et un peu de lait sans sucre. Son heure supplémentaire lui est payée 250 francs congolais, soit 0.1 dollar. Sa récompense annuelle, ah, j’allais oublier : 1 kilo de riz et 2 boîtes de sardines. Seul celui qui se sera distingué dans son travail tout au long de l’année en bénéficiera !

Et les femmes ?

Les femmes sont aussi exploitées, parfois plus que les hommes. À l’usine d’emballages que j’ai fréquentée, près de 90% de journaliers sont des femmes. Elles ne bénéficient pas de casse-croute pendant la pause de trente minutes. Leur rémunération avoisine 1700 francs congolais, soit environ 1.02 dollars par jour. Ce triste tableau du travailleur journalier me donne à conclure qu’à Lubumbashi, qui travaille meurt de faim.

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