Lucie Kamuswekera dans son atelier
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Lucie Kamuswekera, la mémoire vivante brodée sur des sacs

Lucie Kamuswekera transforme le tissu en mémoire et la broderie en témoignage historique. Née en 1942 à Butembo, cette artiste du Nord-Kivu consacre sa vie à raconte à travers ses sacs brodés les histoires, les douleurs et les espoirs des peuples de la région des Grands Lacs. Depuis son enfance, Lucie développe un talent artistique inspiré par des ressortissants italiens qui lui ont appris le dessin alors qu’elle était encore au primaire.

La culture italienne imprégnée d’une certaine sensibilité à la nature, aux fleurs et à l’environnement avait éveillé chez Lucie Kamuswekera une passion pour les formes, les couleurs et les récits visuels. Une passion qui, des décennies plus tard, deviendra un véritable travail de mémoire. Mais c’est surtout après les conflits qui ont marqué l’Est de la République démocratique du Congo que son art prend une autre dimension. Lucie se souvient notamment d’un camion quittant Rutshuru vers Goma, laissant couler du sang sur la route à l’époque de Laurent-Désiré Kabila. Une scène choquante qui la pousse à documenter les réalités de son époque à travers la broderie.

Sur ses créations, elle raconte les guerres, les frontières, les relations entre peuples mais aussi les souvenirs d’une époque où Congolais et Rwandais vivaient ensemble sans animosité. Pour elle, l’art doit transmettre un message de paix et combattre le tribalisme.

« Il faut que l’amour soit là. Il faut s’aimer et éviter le tribalisme pour revivre en paix comme auparavant », affirme-t-elle.

Chaque œuvre demande un travail minutieux. Entre la recherche des histoires, le dessin, les fils et les tissus, certaines créations prennent plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Une œuvre consacrée à l’histoire du Rwanda lui a demandé quatre mois de travail, tandis qu’une autre sur la République démocratique du Congo a nécessité deux mois.

Malgré la richesse culturelle et historique de ses créations, Lucie regrette le manque de reconnaissance locale. Ses principaux soutiens restent des touristes étrangers fascinés par son travail et qui contribuent à faire voyager ses œuvres à travers les réseaux sociaux et au-delà des frontières.

Aujourd’hui, son plus grand souhait est de transmettre son savoir-faire aux jeunes générations afin que cette mémoire ne disparaisse pas avec elle.« Si je meurs sans enseigner, je vais mourir avec mon histoire », confie-t-elle avec émotion.

 

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