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Lydie, la reine de la pomme de terre à Butembo

L’agronome, fille d’un paysan et mère de six enfants, Lydie Masika Kasonia a mis au point une variété de pommes de terre appelée « Lydie » qui est désormais vendue partout en RDC. Un véritable défi car une grande partie de pommes de terre consommées localement est importée.

La dame au sourire éclatant, Lydie Masika, la trentaine, est très connue dans la ville de Butembo. Et pour cause : elle a contribué à mettre en place de nouvelles variétés de pommes de terre. L’une d’entre elle porte même son nom.

En 2013, le service national de certification des semences (SENASEM), donne ses conclusions sur son travail d’agronome. Elle certifie huit nouvelles variétés de pommes de terre. Parmi elles : « Lydie ».

Sa conceptrice aime se définir comme animatrice rurale. « J’ai toujours rêvé de faire de l’agriculture. Mes parents cultivaient de la pomme de terre, des oignons, des poireaux… Dès mon bas âge, je les accompagnais aux champs. L’agriculture m’intéressait beaucoup, car, nous ne dormions pas le ventre vide. »

Après avoir étudié à l’Institut supérieur d’études agronomiques et vétérinaires (ISEAV) de Butembo en 1999, cette mère de six enfants s’est replongée dans les livres et a décroché un diplôme en gestion de l’environnement à l’université de Ruwenzori (UOR) en 2012.

Rendement et résistance aux maladies

« Comprendre comment la femme peut s’intégrer dans le développement, quelle peut être sa participation au développement de l’agriculture ? », s’interroge Lydie, rêvant au changement positif de la perception populaire qu’une femme paysanne n’est bonne qu’à cela. Quand elle débarque au syndicat de défense des intérêts paysans (SYDIP) à Butembo, Lydie met en pratique ses idées. « Je suis née en milieu rural où on produit la pomme de terre. En encadrant les femmes, j’ai pu me rendre compte que cette culture les intéresse beaucoup. Cette filière fournit beaucoup d’argent dans les ménages en région maraichère », détaille-t-elle.

Mais sa motivation pour l’amélioration de la pomme de terre vient aussi de son passé familial. « Mes parents produisaient la pomme de terre qu’ils vendaient à Kisangani, près d’un millier de kilomètres d’ici», se souvient-elle. A l’époque, la semence ne dégénérait pas encore. La variété préférée sur le marché s’appelait « Seseni ».

C’est une pomme de forme ovale riche en matières sèches, avec laquelle on fait des frites pour les célébrations festives. « Cette variété tend à disparaître. Comment améliorer la « Seseni » ? Comment augmenter son rendement ? Comment récupérer les caractéristiques des semences préférées ? » L’agronome se pose de multiples questions.

Le rendement et la résistance aux maladies sont les lignes directrices des recherches qu’elle mène. Les variétés de l’époque étaient très sensibles au mildiou. L’expérience commence avec les variétés : « Cruza » et « Clone » mélangées avec la « Seseni ». Les semences hybrides sont ainsi produites en partenariat avec l’université catholique du Graben (UCG) à Butembo. Elles sont peu demandeuses de produits phytosanitaires.

Pendant trois ans, les chercheurs ont travaillé bénévolement afin de faire de la pomme de terre une plante de business. « Il a fallu avoir un courage exceptionnel pour mener à bien ces recherches avec les moyens du bord. Les gens ne pensaient pas que l’on y arriverait. Pour eux, les semences devaient venir de Bukavu, Kinshasa ou de l’étranger ». Elle fustige du même coup, le peu de soutien extérieur accordé à leur travail.Les recherches continuent afin d’avoir une large gamme de semences de pommes de terre. Près de 300 variétés sont en étude pour la stabilisation.

Et maintenant les variétés de café…

Depuis deux ans, Lydie Masika s’est engagée aussi dans la filière de café arabica au sein de l’ONG belge « VECO RDC ». Ce secteur n’est malgré tout pas nouveau pour elle. Secrétaire générale du SYDIP, elle a regroupé les paysans de cette filière en coopérative. Elle compte innover à présent. « Sur le plan local, il y a la variété Kayira. Elle produit toute l’année avec des fèves de petite dimension. Il y a aussi la variété Rumangabo. Elle donne de grandes fèves. Nous sommes aussi en train de voir comment trouver une variété intermédiaire qui sera appréciée par les consommateurs de café… » Explique-t-elle. Pour Lydie Masika, travailler ainsi sur les variétés participe à la lutte contre la faim.

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Les commentaires récents (4)

  1. C’est formidable. Ce que cette dame Lydie Masika réalise, doit être encouragé pour le bien-être de la population congolaise.

  2. En tant qu’agripreneur installé à Lubumbashi ( Province du Haut-Katanga), je vous félicite pour cet article inspirant et encourage notre compatriote à persévérer pour que son activité prospère et soit porteuse de création d’emplois pour les Congolais…

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