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Man of God, Woman of God, la nouvelle tendance à la kinoise

Kinshasa est connu pour être une ville très vivante. La mégalopole de plus de 12 millions d’habitants ne tarit pas en termes de nouveautés et de tendances. Depuis un temps, elle vit au rythme de Man of God et Woman of God. De l’anglais « homme de Dieu » et « femme de Dieu ».

Savez-vous que l’anglais est glamour pour les Kinois ? A Kinshasa, la langue de Shakespeare n’est pas qu’un outil de communication. Elle est surtout un élément de classification sociale. Pour plusieurs jeunes Kinois, manier deux ou trois mots d’anglais est une preuve de modernité.

Dans une ville réputée très religieuse, la tendance s’est rapidement transportée dans les églises de réveil. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux, ces jeunes à s’identifier comme MoG et WoG. Et de ces sigles ils ont créé des verbes : mogger et wogger.

Course au ministère de l’évangile

Héritier, jeune proche de la trentaine, arbore fièrement ce sigle flatteur sur son compte Facebook. Pour lui, servir Dieu est une vocation. « Je suis un homme de Dieu (Man of God). Aujourd’hui, l’anglais est la base de tout. Ce n’est pas un péché, ni un désir de la chair. Que ce soit en lingala ou en kikongo, le plus important, c’est le contenu », soutient-il.

Comme Héritier, ils sont nombreux à « aspirer » au ministère de l’évangile. Dans un Congo où le taux de chômage est très élevé, les métiers d’église semblent être une aubaine. Il y a aussi Fabrice, un jeune dans la commune de Makala, qui a tout arrêté pour se concentrer sur son « appel » divin. Ce jeune de 22 ans n’a pu obtenir son diplôme d’Etat (bac). « C’est à l’âge de 16 ans que j’ai reçu la vision de mon appel, Dieu m’a clairement dit que j’étais appelé à temps plein. J’ai d’abord résisté, mais ma vie s’est compliquée et même mes études ne marchaient plus. Du jour au lendemain, je commençais à avoir de mauvais résultats », explique ce Man of God qui se fait désormais appeler « Coordon ».

Pourtant, tous ne partagent pas cet avis. Pasteur José par exemple, médecin de formation et agent de l’Etat, avertit les jeunes du danger de ce qu’il qualifie de « course au ministère ». Pour ce « Man of God » sénior, il ne suffit pas d’avoir un songe pour tout arrêter. « Le problème avec les jeunes aujourd’hui, c’est qu’ils pensent avoir tout compris. Un appel peut être authentique. Mais il y a un temps entre l’appel et la mission », fait-il savoir.

Du haut de ses 22 ans de « ministère », pasteur José réfute les allégations selon lesquelles Dieu puisse demander à un jeune d’abandonner étude et travail. « C’est totalement absurde. Même dans le ministère, il faut un bagage intellectuel. C’est d’ailleurs ce qui fait la différence entre nos églises dites petites et les mega-churches qui ont compris que l’onction seule ne suffit pas », conclut-il.

A Kinshasa, le « ministère » est synonyme de succès, d’aisance financière et d’opulence pour certains. A côté de la tendance Man et Woman of God, émergent les « ministries », ces groupes de prière tenus par les jeunes.

Il est temps de faire la part des choses et de revenir à l’essentiel, car même la Bible, arme des « Men of God », reconnait qu’au « commencement, il n’en était pas ainsi ».

 

 

 

 

« Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence Suédoise de Développement International (ASDI), de l’USAID, la coopération suisse, ainsi que des gouvernements suédois, des États-Unis et suisse. »

 

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