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Mbujimayi : pourquoi avoir tué le jeune Kayembe qui allait accueillir Félix ?

La journée du jeudi 13 décembre m’a fait trembler de peur à Mbujimayi. Bien sûr, on savait que Tshisekedi et Kamerhe devaient atterrir dans l’après-midi. Mais cela devait-il justifier un tel déploiement de la police et de l’armée auquel nous avons assisté ? Voilà que dès le matin, ils ont tué par balle un garçon d’environ 19 ans qui se rendait à l’aéroport pour accueillir Félix et Vital.

Si c’est cela la campagne électorale pour nos dirigeants, alors je suis dégoûté. Mon pays est encore à des millions de kilomètres de la démocratie. J’ai vu ce pauvre garçon militant de l’UDPS s’écrouler après avoir été atteint par une balle. Kayembe, c’est son nom. Je me mets à la place de ses parents et me demande quel crime a-t-il commis ? Car dans cette campagne électorale, chacun a son candidat, le jeune Kayembe a choisi Félix. Devait-il mourir pour cela ?

Interrogé par RFI, le gouverneur de la province Alphonse Ngoyi Kasanji confirme ce décès, mais dit attendre les conclusions des enquêtes pour établir les responsabilités.

Campagne électorale ou zone de guerre ?

Je dois vous dire que hier matin avant de vivre ce malheureux événement, je voulais me rendre sur mon lieu de stage (je suis étudiant en deuxième licence en sciences de communication). J’ai dû d’abord rebrousser chemin en voyant le nombre de barrages érigés par des militaires et des policiers dans la rue. Les écoliers et les commerçants rentraient également à la maison.

Un journaliste de la Radio-télé fraternité, une chaîne catholique locale, raconte sur l’antenne comment il a souffert pour accéder à la maison de la radio : « Toutes les voies étaient quadrillées par des hommes en uniforme. J’essayais de passer, ils me disaient : ‘’zonga’’ (fais demi-tour) ; je contourne ils me disent encore ‘’zonga’’. Je leur ai dit que je suis journaliste, ils m’ont répété : zonga… » J’ai eu l’impression que ce n’était plus la campagne électorale. Ça ressemblait plutôt à une situation de guerre ou quelque chose comme ça.

Or, empêcher l’accueil de Tshisekedi dans son fief de Mbujimayi, le pari était difficile. Car finalement, les hommes en uniforme ont été débordés par la marée humaine de militants de l’UDPS et de l’UNC. Des vagues et des vagues de populations déferlaient littéralement en direction de l’aéroport de Mbujimayi. Si bien que s’il fallait tirer sur tous ces gens comme on venait de le faire contre le jeune Kayembe, je doute que leurs munitions auraient suffi tellement il y avait de monde. Ça chantait, ça dansait dans la rue, ça agitait des banderoles, ça provoquait parfois… En tout cas, ça venait de partout pour se diriger vers l’aéroport pour accueillir Félix et Vital.

Une ville morte qui ne dit pas son nom

Toutes les activités ont été paralysées dans la ville. Boutiques, magasins, marchés et pharmacies sont restés fermés. Les écoles n’ont pas ouvert. Celles qui avaient ouvert tôt le matin ont été obligées de congédier les élèves. La ville était quasiment morte. Mais l’avion de Félix et Kamerhe n’atterrira à Mbujimayi que vers 16h30. Il aura fallu environ trois heures au cortège pour atteindre le centre-ville, pourtant sur une distance de seulement environ trois kilomètres.

Bien sûr la campagne électorale c’est aussi cette démonstration de la capacité à soulever des foules. Tshisekedi et Kamerhe devaient s’adresser à leurs militants dans un meeting à la place Bonzola. Contrairement à l’itinéraire fixé par le maire de la ville, les manifestants ont choisi un autre itinéraire : aéroport-avenue Salongo- rond-point Kalala Wa Nkata-avenue Ngalula Mpandajila-rond-point Kimberlite-avenue cathédrale jusqu’au lieu du meeting. Les militaires et les policiers regardaient la scène, impuissants. J’imagine qu’ils devaient se reprocher d’avoir tiré sur le pauvre jeune Kayembe, lui faisant manquer le show de son candidat favori. Que Kayembe repose en paix.

 

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