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Rossy, Luc, Mamadou, Kabila, Lumumba… la fabrique des héros en RDC

Des inconnus hier du grand public deviennent des héros. Le cycle de violences n’en finit pas dans ce pays plongé dans une forte crise politique. Est-ce pour résister que la rue crée ses idoles, ses propres héros, inconnus de la chancellerie des ordres nationaux ?

C’est désormais ordinaire en RDC, des inconnus deviennent des héros après le deuil. Le bouillant Premier ministre Lumumba, on le sait, est le tout premier héros national. Un de ses bourreaux, le président Mobutu, l’a un jour proclamé héros, vraisemblablement dans une quête désespérée de soutien populaire face à un assassinat si gênant à porter comme celui de Lumumba.

Un de ses disciples, Laurent-Désiré Kabila, est lui aussi proclamé héros, dans les conditions similaires, après son assassinat jamais élucidé. Sous le président Joseph Kabila, le Congo a compté d’autres « petits héros » diversement appelés : grands cordons, grands commandeurs, etc.

Mais il faut dire que depuis 2016, alors que la rue demande au président Kabila de quitter le pouvoir, et que les services de sécurité la répriment, les militants pro-alternance se fabriquent leurs héros. Des jeunes sont tombés dans cette lutte dans des circonstances qui très vite idéalisent leurs luttes. Et c’est à juste titre.

D’abord Rossy Mukendi, ce jeune militant fusillé à Kinshasa par un agent de la police congolaise. Rossy devient un héros de 35 ans à peine, célébré y compris par des leaders religieux catholiques. Après lui, Luc Nkulula, militant de Goma, membre de la Lucha. Il meurt dans l’incendie de sa maison, en pleine nuit. De quoi susciter des suspicions. Certains vont jusqu’à accuser le pouvoir de l’avoir assassiné. Ses obsèques, très populaires, mobilisent un impressionnant cortège funèbre d’une centaine de véhicules. Un prince, on croirait.

La RDC en quête de références

Pour peu qu’on y regarde à fond, on comprend vite qu’il y a une crise. Crise de légitimité des dirigeants notamment. Toutes les institutions mises en cause, du président de la République au chef de quartier qui identifie les contestataires, ont épuisé leur mandat. Voilà pourquoi les jeunes attendent l’alternance, et c’est le discours des mouvements citoyens. Ils espèrent que ce changement au pouvoir apporte plus de chance à tous et non pas à un petit groupe. Ce sont des jeunes pour la plupart instruits, parfois très instruits même. Rossy Mukendi était assistant, futur professeur d’université.

Il y a également une crise de référence dans le pays. En RDC, les héros sont décédés et donc, ne peuvent inspirer ni orienter beaucoup de gens. Un contemporain, un vivant comme l’a été Mandela, devient vite un modèle à suivre.

Que de révoltes, de colères et de déceptions ! Quand on meurt à 35 ans, parce qu’on défend des idées qui, dans une « République démocratique » du Congo devraient susciter plutôt un débat, on a le sentiment d’être trahi. On pense parfois à l’assassinat non encore élucidé du colonel Mamadou Ndala, bête noire de la rébellion du M23 en 2014. La ville de Goma, plusieurs fois victime des violences armées, l’a vécu cette année-là comme une trahison.

Si peut-être le Congo pouvait compter des héros vivants, il connaîtrait moins de colère, j’ose croire. Mais dans tous les cas, les gens se fabriquent des héros pour traduire leurs aspirations. Luc et Rossy, ou encore Mamadou, Kabila et Lumumba, rappellent que les Congolais ont besoin de changement. Ils ont des rêves. Ils entendent les toucher. Sans quoi, les ressentiments dureront encore et toujours.

 


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