Kawele : la résidence abandonnée de Mobutu dans la forêt équatoriale

A une dizaine de kilomètres du centre-ville de Gbadolité dans la province du Nord-Ubangui se trouve le village de Kawele. Dans ce coin reculé de la RDC, l’ancien président congolais Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu wa za Banga y avait construit une résidence somptueuse au plus fort de son règne. Aujourd’hui, la bâtisse est malheureusement en ruine.

Peu avant de s’envoler en exil vers le Maroc où il mourut, Mobutu s’était réfugié quelques jours dans sa résidence de Kawele. Même de son vivant, il venait y passer parfois plusieurs mois. Pas étonnant qu’il fut surnommé « aigle de Kawele ». Vingt et un ans après la chute d’un des régimes les plus sanguinaires d’Afrique, nous nous sommes proposé de revenir sur les traces du maréchal congolais.

A l’entrée de la propriété, un homme en tenue civile passe à la fois pour le guide et le gardien du temple. Talkie-walkie à la main, il nous ouvre le grand portail. Nous parcourons près de 7 km de route asphaltée dans l’enceinte de la résidence en gravissant la montagne. Puis tout à coup apparaît une ouverture comme taillée dans une grotte. De grosses pierres taillées par un artiste délimite l’entrée à gauche et à droite ainsi qu’au-dessus. De là, nous apercevons la maison de celui qui se faisait appeler le « Léopard du Zaïre », du moins ce qu’il en reste.

Cramponné sur une moto, nous faisons le tour d’un rond-point que seul Mobutu avait le droit d’emprunter. Nous nous arrêtons juste devant la porte d’entrée du salon. Tout a été pillé ici, littéralement démantelé dès la fin de la dernière grande guerre de la RDC. Pas une porte visible, pas de toiture non plus. Les pillards n’ont rien laissé. Les barres de fer qui soutenaient la toiture sont les seules à résister encore aujourd’hui. L’énorme maison de Mobutu, devenue un tas de ruines ici à Kawele, est orpheline. Murs et pavements sont dénudés ; les carreaux en marbres emportés et revendus. Ils sont peut-être parmi les ornements de certaines nouvelles maisons de Gbado aujourd’hui.

Mobutu, grand admirateur de la forêt équatoriale

Du salon, nous empruntons le couloir qui finit sa course dans la chambre du maréchal. C’est émouvant. L’aigle de Kawele y passait ses nuits souvent seul sur un lit dont l’emplacement, taillé dans le ventre de la terre, est en forme de croix. La chambre de Bobi Ladawa, son épouse, jouxte la sienne. Du balcon de cette chambre ou depuis la vaste véranda où il recevait ses hôtes, Joseph-Désiré Mobutu avait une vue panoramique sur la cité de Molegbe. Une cité décorée en vert par les arbres et les hautes herbes qui nous rappellent que l’on est bel et bien en pleine forêt équatoriale.

La nature a repris ses droits dans et tout autour de la résidence du maréchal. Une végétation luxuriante a fini par avoir raison de la pelouse. Les herbes rivalisent de hauteur avec les murs encore debout. On peut aussi constater que la piscine olympique construite à la forme de la carte d’Afrique est vide. Seules les eaux de pluies trop abondantes dans cette partie du Congo la consolent de temps en temps.

A l’avant, la maison de Mobutu possède une entrée qui conduit vers une cave. Peut-être des appartements souterrains. Pardon, je ne me suis pas hasardé à aller visiter cette cave. Ici, depuis le départ du maréchal, peu de gens ont osé y pénétrer pour briser le mystère. Cela fait peur ! Il se rapporte de bouche à oreille que le roi du Zaïre y aurait gardé ses fétiches, quelques-uns de ses trésors et ses voitures de luxe. Vrai ou faux ? Je ne sais. Une chose est sûre : cette résidence mérite d’être réhabilitée. Non seulement pour motiver le tourisme mais aussi et avant tout par devoir de mémoire pour le deuxième président de la RDC et pour tout un peuple. Car l’histoire a cet avantage qu’elle peut servir de leçon aux générations futures.

 


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