Monument de l'indépendance à Mbujimayi au Kasaï-Oriental RDC.
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Les monuments en voie de disparition à Mbujimayi

Au début des années 2000, on pouvait encore trouver quelques monuments à Mbujimayi. Aujourd’hui, la plupart ont été détruits. J’en ai dénombré près de  six. Pour l’heure, deux seulement sont encore debout. Mais dans quel état !

« Quand on venait à Mbujimayi par l’aéroport, un premier monument  nous accueillait : le monument Salongo, un tableau peint dans une pierre où l’on pouvait voir l’image de Mobutu  retroussant les manches de sa chemise », se souvient un jeune homme. Ce monument Salongo a été détruit par la population après la chute du président Mobutu. Pourtant, il portait un message patriotique, celui d’appeler la population au travail et à l’assainissement du milieu. Un message encore d’actualité dans une ville de Mbujimayi toujours insalubre.

Beaucoup de Mbujimayens se souviennent aussi du monument Mama Yemo du nom de la mère de l’ancien président Mobutu. Il a également été détruit. Le lieu sur lequel il était érigé porte désormais le nom de « rond-point de l’Université ».

À mon avis, c’est en tout cas sans raison valable qu’on s’en prend aux ouvrages qui embellissent la ville.

Les gouvernants sont aussi responsables

La plupart des jeunes de Mbujimayi ne savent pas pourquoi le croisement du boulevard Laurent Désiré Kabila et l’avenue Kalonji est appelé rond-point Nkashama (Léopards en tshiluba). Le monument représentant quatre têtes de léopards qui était construit à cet endroit n’y est plus. Mais le nom est resté. L’historien Jean Alphonse Ngandu déplore ces actes de vandalisme  : « Les quatre têtes de léopards ont été détruites par les autorités de l’époque pour y ériger une station-service du nom de Cohydro. »

En réalité, la volonté manifeste des autorités est d’effacer tout ce qu’ont laissé leurs prédécesseurs. Elles ont détruit l’ouvrage en le remplaçant par une station-service qui, malheureusement, n’a rien apporté de spécial, car elle est toujours à sec !

Comme si cela ne suffisait pas, tout récemment, au lieu de construire de nouveaux monuments ou de réhabiliter ceux qui existent, Alphonse Ngoyi Kasanji, alors gouverneur du Kasaï-Oriental, a rasé la pyramide en marbre coiffée d’une étoile érigée à Bakwa Dianga, notamment au croisement des avenues de l’Université et Ngalula Mpandajila. Le rond-point de l’Etoile, comme on l’appelait, était attrayant et beau à voir. Ce fut un leg de feu Tshikulu tshia Nsabata, un célèbre diamantaire de la place. Après avoir anéanti ce rond-point, Ngokas promettait d’y ériger une horloge publique, mais cette fameuse horloge n’a jamais vu le jour. Le lieu est devenu entre-temps une poubelle publique, un lieu crasseux, où les passants viennent pisser. Je pense qu’un jour les responsables de cette destruction méchante devraient répondre de leurs actes.

Plus que deux pitoyables monuments débout à Mbujimayi

Avec la progression rapide du ravin Mbala wa Tshitolo, le monument de Tshiombela dans la commune de Bipemba ne tiendra pas debout pour longtemps. Une des ramifications de ce vieux ravin se rapproche de l’ouvrage. L’historien Jean Alphonse Ngandu décrit le monument Tshiombela« C’est l’image d’un batteur de tam-tam entouré de danseuses, tous sur un piédestal. » Pour l’historien, cette statue appartient déjà à l’histoire vu son degré de vétusté.

De son côté, le monument de l’Indépendance, érigé en face de la cathédrale Saint-Jean de Bonzola, est également abandonné à son triste sort. A regarder cette statue d’un homme à genou et menotté, on dirait qu’elle date de l’antiquité, tellement elle est délabrée. Personne ne s’en préoccupe.

Les monuments sont des patrimoines à préserver

Le secteur culturel est en réel danger dans la ville de Mbujmayi. On semble méconnaitre la place et l’importance des monuments. Pour l’historien Jean Alphonse Ngandu « les monuments marquent un temps. Ils rappelle not des événement passés et même de grandes personnalités  qui ont vécu dans notre pays ou ailleurs. On ne devrait pas les détruire. Les monuments constituent des symboles ».

Curieusement à Mbujimayi, aucun monument n’a représenté une quelconque personnalité locale. Pourquoi ne pas immortaliser par exemple Etienne Tshisekedi, Kalonji Mulopwe, Makanda Mpinga, etc. ? De cette manière, on aurait écrit autrement notre histoire pour la léguer aux générations futures.

 

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