le ministre des finances Doudou Fwamba et les membres du comité de conjoncture économique en février 2026
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Paie des fonctionnaires : la baisse des recettes fiscales a causé les retards du début d’année (Analyse)

D’après Zacharie Mudimbi, chercheur en économie monétaire et finances publiques, le retard observé dans le paiement de certains fonctionnaires au début de l’année 2026 trouve son explication dans la dynamique récente des finances publiques. Son analyse, publiée sous forme de tribune, s’appuie sur une lecture des données publiées par la Banque Centrale du Congo qui mettent en lumière un décalage entre recettes mobilisées et dépenses exécutées. Je lui ai demandé son éclairage concernant entre autres les raisons de la baisse des recettes fiscales constatées en début d’année.

Habari RDC : selon vous, qu’est-ce qui a causé la faiblesse de la mobilisation des recettes au 30 janvier 2026 et la hausse inattendue des dépenses ?

Zacharie Mudimbi : À mon avis, la faiblesse de la mobilisation des recettes au 30 janvier 2026 s’explique d’abord par l’appréciation du franc congolais, qui a réduit la valeur en CDF des recettes minières libellées en dollars, mais aussi par une contre-performance fiscale à la fin de 2025 avec le report d’arriérés sur janvier. À cela s’ajoutent des faiblesses structurelles des régies financières, marquées par des fraudes, des conflits d’intérêts et une pression fiscale encore faible, ainsi qu’une forte dépendance aux recettes minières, rendant les finances publiques très sensibles aux fluctuations du taux de change. Parallèlement, la hausse inattendue des dépenses s’explique par un niveau élevé de dépenses exceptionnelles, le paiement d’arriérés accumulés en 2025, la rigidité des charges salariales et des dysfonctionnements dans la chaîne de la dépense, notamment la surfacturation, le versement de primes indues et une mauvaise programmation budgétaire.

Pourquoi le gouvernement communique peu concernant les dépenses exceptionnelles ayant causé le gonflement des dépenses totales ?

Le gouvernement communique peu sur les dépenses exceptionnelles car elles sont souvent politiquement sensibles. Elles sont liées à des priorités stratégiques ou à des efforts de guerre. Communiquer à leur sujet risque de nuire à sa réputation en exposant les faiblesses de gouvernance ou les irrégularités dans la chaîne de dépense. Quand le gouvernement se garde d’en parler cela lui permet de gérer la perception publique.

Vous avez, dans votre tribune, proposer la modernisation du suivi de la trésorerie. Est-ce à dire que le système n’est toujours pas informatisé de ce côté-là ? Pourquoi ?

Le suivi de la trésorerie n’est pas encore pleinement informatisé à la BCC et dans certaines régies, à cause de données fragmentées, d’infrastructures limitées, de compétences techniques insuffisantes et d’un manque de priorisation budgétaire, ce qui rend difficile une gestion en temps réel et favorise les retards de paiement.

Autre recommandation de votre part : Synchroniser le calendrier des financements avec les échéances de paie et dépenses courantes. Pourquoi ce n’est pas encore le cas ? Et quel avantage peut-on tirer de cette synchronisation ?

La synchronisation n’est pas encore effective à cause d’un manque de coordination, des recettes imprévisibles ainsi que des ajustements budgétaires tardifs. Bien synchroniser financements et échéances permettrait d’assurer la régularité des paiements, de réduire les tensions de trésorerie et de limiter le recours aux financements d’urgence.

Vous avez aussi proposé de créer un comité de validation pour toute dépense exceptionnelle supérieure à un seuil défini. Le comité de conjoncture économique qui se réuni souvent autour de la première ministre ne peut pas jouer ce rôle ?

Le comité de conjoncture économique joue un rôle d’analyse et de suivi global de l’économie mais il n’est pas spécifiquement dédié à la validation opérationnelle des dépenses exceptionnelles. Un comité de validation des dépenses serait plus ciblé car il examinerait chaque dépense importante avant décaissement ; il vérifierait sa justification et son impact sur la trésorerie. Cela, le comité de conjoncture économique ne le fait pas systématiquement.

 

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