La galère d’être homosexuel dans une famille congolaise, témoignage de Scaly Kep’na 2/2

Tout comme Hervé, dont le témoignage a été publié la semaine dernière, Scaly Kep’na a lui aussi vécu le rejet par les membres de sa famille à cause de son orientation sexuelle. Très présent sur les réseaux sociaux, Scaly est l’un de ces rares à s’afficher et à assumer sa sexualité. Si des émissions de radio abordant les questions d’orientation sexuelle existent déjà, ce jeune Congolais de Kinshasa, envisage de mettre sur pied un projet d’accompagnement familial, pour les familles qui découvrent l’orientation sexuelle non-normative de leur proche.

Après son coming out, c’est-à-dire le jour où il a  annoncé son orientation sexuelle à ses proches, Patou se sentait suffoqué en famille. Interview de Scaly Kep’na Patou avec Rodriguez Katsuva, dans laquelle il parle de ses attentes envers sa famille, et de sa dure relation avec son père.

Rodriguez Katsuva : Qu’est-ce qui vous fait le plus mal dans la réaction de votre famille face à votre orientation sexuelle ?

Actuellement, c’est le fait de ne plus être pour eux qu’une orientation sexuelle. J’aimerais être perçu comme un membre de la famille et non pas comme le gay de la famille. À chaque fois que j’ai l’occasion de communiquer avec ma famille, les allusions directes ou indirectes à mon orientation sexuelle ne manquent jamais, et ça m’agace.

De l’autre côté, je ne digère vraiment pas quand un membre de la famille déclare que, parce que je suis bien dans ma peau en tant qu’homosexuel, je nuis à son épanouissement et à son bien-être. Ce discours est tellement répétitif que ça m’enlève souvent toute envie de faire des efforts de fréquentation.

Je me dis souvent que c’est mieux que chacun reste dans son coin et dans son monde. Ça fait moins de blessés.

En toute honnêteté, que répondriez-vous à ceci : croyez-vous être né ainsi, ou est-ce une influence extérieure qui a été un facteur déclenchant ?

Tout dépend de ce qu’on comprend par orientation sexuelle. Parce que, vous  voyez, beaucoup la confondent avec la pratique sexuelle. Quand tu dis à quelqu’un, je suis gay, le cerveau de plus d’une personne comprend, « je couche avec des mâles ». J’irais encore plus loin, en disant que leurs cerveaux comprennent : « Je fais la sodomie avec des mâles. »

Alors, votre question Rodriguez pour plusieurs lecteurs sonnera comme « est-ce qu’on naît avec l’envie de se faire pénétrer par tous les mâles ? Ou on essaie un jour, puis on en devient fan ? » C’est un système de pensée qui fausse tellement de choses que parfois, ça ne sert à rien de discuter avec des gens qui ont une pensée fixée sur l’acte en lui-même. C’est leur cauchemar et peut être aussi leur fantasme interdit. Normal que certains développent des phobies.

Quand je dis que je suis gay, je dis qu’amoureusement, c’est les mâles humains qui m’attirent et leur nudité ne me laisse pas de marbre. Et les femelles ne me font pas du tout cet effet-là. Je préfère utiliser les mots mâles et femelles pour souligner l’aspect biologique et physiologique, car les termes homme et femme restent pour moi des termes genrés. C’est à dire trop sujets aux conventions sociales.

En ce qui me concerne, sans aucun doute, on naît avec son orientation sexuelle. Et l’orientation sexuelle est un continuum. De façon grossière, si l’homosexualité était une extrémité, l’hétérosexualité serait l’autre extrémité et la bisexualité le milieu, il y aurait des gens avec plusieurs tendance plus ou moins homo, bi, ou hétéro.

C’est un peu presque pareil avec le tempérament. Il y a des gens qui sont plutôt doux et d’autre plus énergiques. Ils naissent comme ça. L’orientation sexuelle est une expression de notre caractère unique.

Qui, dans votre famille s’offusque le plus au sujet de votre orientation sexuelle  ? Actuellement vous semblez vivre une relation difficile avec votre père, pouvez-vous nous en parler ?

Mon père est celui qui a le plus mal pris mon coming out. Et je le comprends, vous savez ! Il a quitté le village pour la ville, où il a réussi à se trouver un emploi, monter des échelons jusqu’à devenir haut gradé. Il a surmonté beaucoup de difficultés pour au final avoir la vie qu’il voulait mener. C’est un véritable « jusqu’au-boutiste » et on partage ça en commun.

D’une certaine manière, il vit mon coming out comme un échec personnel, mais aussi comme un déshonneur. Pour celui qui a passé autant de temps pour avoir une notoriété, je suis un peu le point qui peut permettre à des tierces personnes de se moquer de lui et ça s’est dur à vivre pour lui.

Je pense que d’une certaine manière, il m’a toujours considéré comme une propriété qui doit concourir à la réalisation de sa vie telle qu’il l’a planifiée. Tout le bien qu’il a toujours souhaité pour moi, était au fait pour lui. Seulement, il y a la dimension humaine de qui je suis. Hélas il n’en a jamais tenu compte. Je suis humain et j’ai des rêves et des besoins qui ne sont pas forcément conformes à ses attentes. Je veux vivre ma vie et non pas être une décoration de la vie d’un autre. Et mon besoin de vivre ma vie de la façon qui m’équilibre est aussi fort que son besoin de vivre sa vie comme il le veut.

Je l’aime énormément mon père, et ces dernières années c’était difficile de nous voir nous déchirer comme ça. Je sais qu’il m’aime aussi, mais ce que chacun veut pour sa vie ne se marie pas avec les attentes de l’autre. Je veux être là pour lui, je veux donner mon énergie à rendre sa vie heureuse, mais pas au prix de renoncer à mon équilibre. Pas au prix de n’être qu’un décor pour la vie et le bonheur d’un autre. Quand il a mal, j’ai mal.

Je ne peux nier que plusieurs fois, j’ai eu des envies suicidaires. Parce que cette situation, couplée d’autres réalités familiales, plombait ma joie de vivre. À chaque fois, il fallait trouver en moi-même, l’amour nécessaire pour appréhender différemment les choses.

Aujourd’hui, je souffre moins, je comprends plus. La vie est plus belle quand on décide de s’aimer davantage, quand on décide de faire de soi-même sa raison de vivre. J’espère un avenir meilleur pour nous deux.

Quel mal le rejet de votre famille vous a fait ?  Une dépression ? Une tristesse continue ? Expliquez

Mon coming out en soi avait drastiquement modifié nos rapports. Au quotidien j’étais privé de plusieurs choses et mes déplacements étaient plus surveillés. Une continuelle impression de suffoquer. Je suis parti, parce que la cohabitation devenait invivable.

Certes, loin de la famille, je me suis senti beaucoup plus responsable de moi-même et épanoui à bien des égards. Mais les relations volcaniques avec la famille me touchaient énormément.

Je chéris en moi le rêve d’une vie familiale plus équilibrée et chaque fois que j’étais confronté à la douleur des autres, et qu’ils me disaient que c’était moi la cause de leurs maux, ça me brisait, j’en perdais le sommeil. Plus d’une fois devant mon balcon, j’ai eu envie de sauter, de m’ôter la vie pour que tout le monde soit en paix.

Aujourd’hui les choses sont différentes, avant je me prenais pour une victime. Aujourd’hui pas du tout. Je pense que chacun est responsable de comment il perçoit les choses. J’ai fait un travail sur moi lorsque ma famille a pu me rejeter un moment pour une chose liée à ma nature. Je me suis fait une raison. Eux aussi devraient se faire une raison pour s’accommoder de l’évidence d’avoir un membre homosexuel. Nous avons un lien de sang et on ne peut pas le changer. On ne peut que changer l’angle de vue pour maintenir l’équilibre.

Pour ma part, j’en suis arrivé à la conclusion que ma famille souffre et qu’elle a besoin d’être assistée et accompagnée. C’est pour ça que je réfléchis sur comment cet accompagnement peut se faire tout en tenant compte des perceptions sociales. Mettre sur pied un projet, comme ça sera profitable pour les familles congolaises. La seule chose que je peux faire pour l’instant c’est de briser le silence, c’est ce que je fais d’ailleurs en répondant à vos questions, mais aussi à travers l’émission JeuniAfrica de mon association Jeunialissime.

J’invite donc ceux qui ont des questions à consulter ces émissions pour trouver des pistes de réponses à leur interrogation.

 


Vous pouvez lire aussi : La galère d’être homosexuel dans une famille congolaise, témoignage de Hervé (1/2)

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Une réflexion sur “ La galère d’être homosexuel dans une famille congolaise, témoignage de Scaly Kep’na 2/2 ”

  1. Je.ne.juge pas directement ce genre d’orientation et je me.dis que les raisons qui le.justifient sont diverses. Je.Me.rappelle avoir été dragué par un jeune homme de 11 ans qui disait avoir de.l’attirance pour moi.
    C’est un fait social très complexe à gérer, tant psychologiquement que spirituellement.