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Patrick Mboyo, le handicapé qui fabrique des chaises pour d’autres handicapés

Handicapé physique, Patrick Mboyo crée  en 1998 une fondation pour des personnes vivant avec handicap. Il répare, fabrique et vend  des chaises roulantes pour handicapés. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que Patrick Mboyo emploie et forme ses paires.

« Le handicap ne se trouve que dans la tête », m’a dit Patrick quand je l’ai rencontré. C’était lorsque j’allais me renseigner sur le prix des chaises roulantes pour en acheter une à Mosengo, cet autre infirme dont je vous ai parlé dans un autre billet il y a quelques jours.

Un conteneur pour bureau

C’est dans un conteneur qui lui sert de bureau que Patrick me reçoit. J’étais accompagnée d’une amie. Je pouvais voir dans ce conteneur plein de pièces et équipements pour fauteuils roulants rangés sur des étagères. Patrick Mboyo s’est réservé un petit espace où il a placé une chaise de couleur acre. C’est là qu’il manipule son ordinateur placé non sur une table mais sur ses pieds.

L’homme me fait visionner une vidéo réalisée sur son travail et sa propre vie. Ce qui me permet d’avoir une idée concrète de ce qu’il fait. Son travail de fabrication de chaises roulantes bénéficie à beaucoup de handicapés. J’avoue que j’admire son courage. Il est si fier de son travail et respire le bonheur pour un homme de son état.  

Avec une béquille sur laquelle il s’appuie pour se déplacer à cause de sa jambe déformée, Mboyo me raconte son parcours : « Je dois cette réussite à ma mère. Elle est déjà morte. Je me souviens depuis mon enfance qu’elle ne m’a jamais traité différemment. Elle ne m’a jamais considéré comme une personne limitée ou sans avenir. C’est ma mère qui a payé toutes mes études. »

Patrick Mboyo ferme les portes de son bureau en conteneur. Crédit photo Myra Dunoyer Vahighene 2018

Du soutien de la famille à sa propre entreprise

La mécanique, c’est une histoire de famille chez les Mboyo. Après un temps d’apprentissage auprès de son beau-frère qui ne considérait pas son handicap comme un obstacle pour lui apprendre le métier, Patrick Mboyo fait ses débuts en solo dans son conteneur.  « Ça n’a pas été facile de mettre sur pied ma fondation. Au début, j’ai intéressé mes confrères vivant avec handicap en leur donnant des formations en mécanique et réparation en vue de les rendre beaucoup plus autonomes. Quelques-uns ont pris part aux formations et ont adhéré à la fondation. Actuellement, je travaille avec douze handicapés. J’emploie aussi deux personnes vivant sans handicap », témoigne-t-il.

Un travailleur en train de souder une pièce de rechange. Crédit photo Myra Dunoyer Vahighene 2018.

Je peux dire que Mboyo est un entrepreneur à part entière. Il a un dépôt rempli d’outils et de pièces détachées. Et là dehors, je découvre sa matière première. Un tas d’autres pièces de vélos et tricycles entassées les unes sur les autres. Mais aussi un atelier de soudure. C’est là qu’il fabrique et répare les vélos.

Dans son bureau en conteneur Mboyo utilise son ordinateur.  Crédit photo Myra Dunoyer 2018.

Sur l’avenue de la Démocratie, ex avenue des Huileries, vous avez sûrement déjà remarqué un ensemble de vélos, tricycles et chaises roulantes « d’occasion »  exposés devant le mur de la clôture du Centre des handicapés. Eh bien, certains sortent de son atelier, d’autres sont importés d’Europe en pièces détachées et montés sur place ici dans l’atelier de Patrick Mboyo. « Les vélos à vendre sont exposés à l’extérieur pour être vus par tous. Un établissement partenaire me sert d’entrepôt. J’aime ce que je fais ! Ce travail me permet de subvenir aux besoins de ma famille composée de ma femme et nos six enfants. Il m’a aussi permis d’acheter ma parcelle, mais aussi d’aider les handicapés qui acceptent d’apprendre […]. C’est cela ma joie », confie-t-il.

Des chaises roulantes d’occasion, vélos et tricycles en vente à l’extérieur du Centre des handicapés. Crédit photo Myra Dunoyer 2018

Voilà qu’une personne vivant avec handicap a su bâtir cette petite entreprise et devenir autonome. C’est une honte pour des personnes valides de manquer d’initiative et de rester oisifs en brandissant des plaintes du genre : « l’Etat atalela biso likambo oyo », « mboka ekufi », « misala eza te », en français, « que l’Etat s’occupe de cette affaire, il n’y a plus d’emplois dans le pays… »

Bref, maintenant, vous savez chez qui aller apprendre un métier. « Ces formations que je propose sont ouvertes à tous, personne vivant avec handicap ou pas. Et c’est gratuit », affirme Patrick Mboyo.

Quelques tricycles fabriqués par la Fondation Mboyo

 

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Les commentaires récents (2)

    1. le bureau de Monsieur Mboyo se situe sur la rue des Huilleries. dans la concession du centre de réedication pour le handicapés. juste en fasse de l’INRB.

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