Phénomène « combattants » : les musiciens paient le prix du désordre politique

En l’espace d’un mois, les concerts de deux grandes stars qui portent haut l’étendard de la musique congolaise, ont été annulés à Paris. La raison : les manifestations des « combattants » contre la situation en RDC. Ils reprochent aux musiciens de soutenir les politiciens au pouvoir.

Plus que quelques heures, enfin! C’est le temps qui restait à l’ancien Poulin de Werrason, Héritier Watanabe, pour casser le mauvais sort des annulations des concerts que subit l’industrie du spectacle congolais en Europe depuis quelques années. Espérant rentrer à Kinshasa en héros, Watanabe apprend la pire des nouvelles de la journée : « le concert est annulé par la préfecture de Paris ». Je n’ose pas imaginer sa tristesse, encore moins sa déception.

En effet, dans un communiqué, les autorités françaises ont fait état des débordements causés par « les opposants au régime congolais ». Ces derniers ont brûlé des poubelles et même une voiture apprend-on. Quelques-uns ont été arrêtés. Craignant des débordements sécuritaires, Michel Delpuech, Préfet de police de Paris, n’a eu guère de choix, sinon l’annulation dudit concert.

« Ils tuent la culture congolaise »

À Kinshasa, les avis sont partagés. Certains appuient les actes des « combattants », ces opposants de la diaspora, d’autres regrettent déjà la mort de l’industrie de la musique congolaise, à cause d’événements d’origine pourtant politique. Pour Éric, étudiant et amoureux de la rumba congolaise : « Ils tuent la culture congolaise. Cela ne fera pas partir le régime en place. S’ils veulent vraiment combattre, qu’ils viennent le faire à Kinshasa. Et qu’ils laissent la musique tranquille. »

Prévu pour le 22 juin 2017, le concert de Fally Ipupa à la Cigale de Paris a lui aussi été annulé un jour avant. L’ancien sociétaire du Quartier Latin comptait présenter à ses fans son nouvel opus qui connaît déjà un énorme succès dans la capitale et dont tous les médias parlent « Tokoos ». Hélas! Cela n’aura jamais lieu.

Pour rappel : depuis 2011 les musiciens congolais sont frappés par un « embargo musical » (interdiction de jouer en Europe) par les « combattants ». Koffi Olomidé, Felix Wazekwa, Reddy Amisi… Tous les musiciens qui ont participé à la propagande du président Kabila en 2011 sont frappés par cette restriction. Aujourd’hui, les fameux combattants ne font plus d’exception, tous les musiciens en payent les frais. Cependant, je doute fort que cela puisse changer quoique ce soit du côté des chefs politiques congolais. Les musiciens ne sont que des victimes innocentes de la mauvaise politique du pays. La politique échoue, la culture en paye le prix.

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