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Le Premier ministre comme monnaie d’échange

En RDC, quand la situation devient difficile pour les chefs d’Etats congolais, les Premiers ministres sont offerts en pâture.

En les changeant, les présidents se sont souvent tirés de situations embarrassantes. En plus, « wumela ! », durer au pouvoir pour eux, semble dépendre surtout de leur personnalité.

Les primatures qui ont le moins duré.

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L’observation attentive de la liste des premiers ministres de RDC depuis 1960 donne deux images frappantes : des primatures très fugaces, avec 3 jours de mandat pour le leader de l’opposition Etienne Tshisekedi. Ou encore, 65 jours pour le tout premier chef de gouvernement Patrice Lumumba. A l’inverse, Matata Ponyo atteint quatre ans et demi (52 mois) et Léon Kengo cumule plus de 8 ans (97 mois), et quatre primatures.

Les Premiers ministres qui ont le plus duré

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Mais dans quel contexte ces primatures ont-elles vécu ? D’abord lors d’une crise de leadership entre pères de l’indépendance, puis d’une dictature sous Mobutu, et d’une crise de démocratie sous Joseph Kabila.

La primature, une pièce d’échange pour des mandats « wumela » ?

Il me paraît clair que la fonction de Premier ministre a souvent servi de monnaie d’échange pour que durent longtemps, ou que se tirent de situations embarrassantes, les présidents de la République qui eux, n’ont que guère changé. Ainsi, en 1991 alors que Mobutu est traqué, il réussit à faire éclater l’Union sacrée constituée contre lui par des Premiers ministres qu’il change comme des chemises : Tshisekedi, Nguz, puis Tshisekedi.

Les Premiers ministres de RDC choisis parmi les plus fidèles ont eu des mandats relativement longs, « wumela ! » (« dure longtemps » en lingala). Tant qu’ils durent, le chef de l’Etat est tranquille. Lors d’une crise, ils sont changés. Léon Kengo wa Dondo souvent rangé du côté du pouvoir, par exemple, est des rares « wumela ». Son pareil, c’est Matata Ponyo qui n’a ni clairement soutenu ni clairement critiqué Kabila sur la question clivante du 3e mandat ?

A l’inverse, les Premiers ministres nommés à l’issue des crises ne durent que le temps de retrouver le calme, puis reviennent les royalistes. Kabila a recouru à la même logique en nommant Badibanga alors que la rue et les politiciens lui refusent de rester au pouvoir après son dernier mandat qui expire le 19 décembre 2016.

Un Premier ministre, ça fait le béni-oui-oui

Jaloux de son indépendance, l’inusable Etienne Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) passe pour l’exemple patent d’un Premier ministre rebelle. Pour cela, il n’aura pas atteint une année au pouvoir, même en cumulant quatre primatures (11,7 mois).

Matata Ponyo s’est d’ailleurs gentiment moqué de Tshisekedi lors d’une visite d’élèves à la primature. Il leur a demandé : « quel est le premier ministre qui a le moins duré ? »

Décidément, un Premier ministre têtu, indépendant ou libre (c’est selon !), ça n’a jamais été une bonne idée pour les pouvoirs qui se sont succédés en RDC.

Souvent, les Premiers ministres vont seuls se défendre devant les parlementaires lorsque quelque chose ne fonctionne pas. Jamais les présidents pour qui, pourtant, ils travaillent en n’appliquant jamais leurs propres idées. D’ailleurs, on semble demander qu’un chef de gouvernement ait des oreilles, mais jamais de tête.

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