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La demi-volte-face occidentale sur les élections congolaises

Si les résultats de l’élection présidentielle congolaise avaient suscité des cris d’orfraie, les pays occidentaux sanctionnent aujourd’hui les présumés fraudeurs, sans titiller le bénéficiaire de la fraude dénoncée. Une manière de soigner les germes de la maladie sans s’acharner sur les symptômes ?

« Deux poids, deux mesures » : l’accusation fusait, le 4 février dernier, lorsque le ministre français des Affaires étrangères qualifiait d’« espèce de compromis à l’africaine » l’issue électorale congolaise qu’il avait qualifiée en janvier de peu  « conforme aux résultats » que l’on avait « pu constater ici ou là ». L’opinion reprochait donc à Jean-Yves Le Drian de ne pas traiter de la même manière l’élection du Vénézuélien Nicolás Maduro et celle du Congolais Félix Tshisekedi. Pourtant, le « deux poids, deux mesures » ne serait pas seulement une variation de traitements entre l’Amérique du Sud et l’Afrique centrale. Les chancelleries appliqueraient également une différence de comportement envers les deux composantes de ce deal  « à l’africaine »…

Réouverture de la Maison Schengen

Les autorités congolaises et européennes ont signé le 22 février 2019 un accord autorisant la réouverture de la Maison Schengen. Bien sûr, en consacrant la reprise d’une relation normale entre la RDC et l’Union européenne, la réhabilitation de ce lieu symptomatique, fermé il y a treize mois, préfigure un retour prochain de l’ambassadeur de l’UE et une normalisation de la position des représentants de la RDC à Bruxelles. Bien sûr, côté non-européen, l’inattendu président Tshisekedi a rencontré vendredi le nouvel envoyé spécial américain pour les Grands Lacs…

Pour autant, la réconciliation entre l’Occident et les autorités congolaises n’est-elle qu’un trompe-l’œil ? Par son Département d’Etat, l’administration américaine a publié la liste de plusieurs officiels de RDC sanctionnés pour leur implication dans « une corruption importante, des violences des droits de l’homme, des abus ou une atteinte à la démocratie ». Parmi les pontes du régime de Kabila mis à l’index figurent les président et vice-président de la Commission électorale nationale, le conseiller du président Kabila, l’ancien président de l’Assemblée nationale et le président de la Cour constitutionnelle.

L’Occident peut-il continuer sa croisade contre le clan kabiliste, toujours largement aux affaires, tout en caressant dans le sens du poil le « larron » du moment, le président Tshisekedi ? En faisant temporairement abstraction des nuances entre les stratégies outre-Atlantique et outre-Méditerranée, on peut présumer une triple explication à la demi-volte-face occidentale. Une première, morale, considérant que le monstre du docteur Frankenstein est moins responsable de sa nocivité que son géniteur ; une deuxième, résignée, décidant que le fils du « Sphinx » est un moindre mal, dans un pays dont on annonçait l’implosion ; une troisième, stratégique, supposant que l’Occident pourra aider Tshisekedi à s’émanciper peu à peu des kabilistes.

Seulement voilà, aucune de ces explications n’est très valorisante pour le nouveau chef de l’Etat…

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Pourquoi doit on tarifier le développement de la Rdc en le pesant sur la balance occidentale?Je sais qu’à première vu les réalités sont chargée d’incertitudes,mais cela ne pourra pas éteindre la flamme de l’espoire qui brûle dans les coeurs des congolais.