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Entre Shadary et l’opposition, qui a mobilisé le plus de monde ?

Shadary a tenu son meeting dans un stade, l’opposition a organisé sa marche pacifique dans la rue. Curieusement les débats ne se focalisent plus sur le contenu de leurs discours respectifs, mais plutôt sur le nombre de personnes drainées à la manifestation. Sur ce point, je confirme qu’il y avait foules des deux côtés.

La police donne 180 000 personnes à Shadary et seulement 4 000 à toute l’opposition réunie, ce qui théoriquement démontrerait ainsi la popularité du candidat de Joseph Kabila. Or, en regardant la réalité en face, le petit stade Tata Raphaël ne peut pas, même en rêve, contenir 180 000 personnes. Le stade des Martyrs, surnommé « libulu » (grand ravin) en référence à sa grande capacité d’accueil, n’a que 80 000 places assises. Si l’on suppose que les gens ont aussi rempli l’aire de jeu, on ne peut malgré tout dépasser 100 000 personnes. Mais que le stade Tata Raphaël, beaucoup moins grand que Martyrs, puisse renfermer 180 000 personnes, ça ne peut être possible que dans un conte !

L’autre réalité, c’est qu’il ne faut pas confondre la popularité dans la rue ou dans un stade avec la popularité aux urnes. Parfois, les gens suivent tout ce qui frappe l’œil. Lors du retour de Jean-Pierre Bemba en RDC en août dernier (accueilli par une foule immense), l’honorable député national Zoé Kabila a déclaré dans un tweet que « souvent les politiciens congolais confondent leurs militants avec les curieux ». Et il a raison, car tous ceux qui vont à une manifestation ne sont pas forcément favorables à l’organisateur.

Ainsi nous ne pouvons dire que bravo à l’opposition et à Shadary pour avoir déplacé des Congolais. Même si l’on a entendu dire par la suite que certains ont été déplacés à coup de billets de banque, d’autres non. En plus, la marche de l’opposition a été étouffée dans plusieurs provinces du pays.

Quelle leçon tirer ?

De ces deux manifestations on ne peut que tirer une leçon très claire : le pays est profondément divisé en deux, entre les pro et les anti-machine à voter. Corneille Nangaa et sa Céni devraient en tirer toutes les conséquences. Il ne sert à rien de conduire le pays vers des élections dont on sait d’avance que les résultats seront contestés. Pourtant, la solution au problème se trouve dans les propos même des candidats. La majorité présidentielle par exemple affirme qu’avec ou sans la machine à voter elle ira aux élections. Donc le camp de Shadary ne fait pas de la machine à voter une condition pour participer aux élections.

Pourquoi donc la Céni s’obstine-t-elle à imposer ce genre de vote, alors qu’opposition et majorité sont favorables à aller à des élections même sans la machine à voter ? En faisant la sourde oreille, la Commission électorale est manifestement prête à porter toute la responsabilité du chaos qui résultera d’une élection imposée. Au lieu d’être le dénominateur commun de la classe politique congolaise, la Céni est devenue plutôt le plus grand commun diviseur.

 


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