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Sommet AIPAC : l’appel de Tshisekedi à Israël, enjeux géostratégiques

Le président Felix Tshisekedi a engagé le pays sur la voie de l’établissement des rapports avec Israël. Invité au sommet 2020 de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), il a jeté les jalons pour un échange d’ambassadeurs entre Kinshasa et Jérusalem. Cela, espère-t-il, aiderait à attirer des capitaux juifs en RDC. Mais des capitaux de quelle ampleur ? Plus grave, il est à craindre qu’avec un tel rapprochement avec l’Etat hébreu, la RDC ne devienne la cible des mouvements terroristes sur le continent.

Soucieux d’améliorer le « social » des Congolais, le président Tshisekedi ratisse large pour attirer des investissements. A Washington, pour sa première participation au cercle restreint du sommet annuel de l’AIPAC, le dirigeant congolais s’est jeté dans les bras de l’Etat d’Israël. C’est peut-être une bonne chose étant donné la puissance de ce que l’on nomme toujours le « lobby juif ». Le know-how, la banque, les finances, l’industrie de l’armement, la politique… Bref, l’omnipotence est souvent prêtée à la « nation de Dieu ». Felix Tshisekedi l’a mentionné dans son speech pour mettre en valeur l’importance du nouvel allié par rapport à sa foi personnelle de chrétien, dans un Congo fortement christianisé. Mais
pour ma part, j’estime que le président prend des risques.

Très peu d’échanges entre Israël et l’Afrique

Au-delà de cette vision spirituelle, Israël est-elle un appui diplomatique essentiel pour la RDC ? Je ne pense pas. Au tableau des échanges commerciaux d’Israël, l’Afrique n’a jamais été un partenaire de taille. A titre d’exemple : seule l’Afrique du Sud apparaît comme pays du continent noir dans le Top 50 des destinations du label Made in Israël (21e). Le pays arc-en-ciel est le 36e en termes d’importations. Mais notre pays, la RDC ne s’y retrouve pas. Or, dans le concert des nations, les rapports bilatéraux ou multilatéraux se définissent en termes de rendez-vous du donner et du recevoir.

Jusqu’à présent, la RDC est un des pays au potentiel d’exportation faible. Elle pourrait manquer d’offre pour Israël. En plus, les produits israéliens pourraient être hors de portée pour des Congolais sans revenus suffisants.

Un come back d’Israël sur le continent

Historiquement, la conjonction Israël-Afrique n’a jamais réussi. Même si en 2016, l’Etat hébreu avait lancé son slogan « Israël est de retour en Afrique, l’Afrique revient en Israël ». C’était lors d’une tournée du Premier ministre Netanyahu en Afrique subsaharienne. Un sommet de la CDEAO avait été boycotté par les membres parce que Lomé y avait invité Tel-Aviv.

Sur le terrain, la raison est souvent la même : Israël apparaît comme un État problématique avec lequel il faut s’abstenir d’entretenir des relations diplomatiques ou  économiques, de peur de s’attirer les foudres de ceux qui voient l’Etoile de David comme la marque de l’oppression palestinienne. Arabes ou musulmans, de manière générale, représentent une zone plus proche des pays africains, sur le plan des échanges.

La RDC veut-elle reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ?

Une ambassade congolaise en Israël pourra fatalement induire que la RDC reconnaisse Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu. Président Tshisekedi, connaissez-vous les conséquences et les représailles des pays arabes ? En 2019, au lendemain de la reconnaissance de la ville sainte comme capitale israélienne, Nairobi avait été frappé par des djihadistes Shebab somaliens qui affirmaient : « Jérusalem ne sera jamais judaïsée. »

Monsieur le président, Israël vaut-il le risque de se mettre à dos des États hostiles à elle pour que la RDC ose affronter le terrorisme ? À mon avis, mieux vaut prévenir que guérir. En tentant de renouer ou de conquérir l’Afrique, Israël offre expertise et capitaux pour l’agriculture, l’ingénierie et la sécurité. Pas plus. Une coopération dans les deux derniers secteurs s’avérerait sensible au regard de ce qui précède.

Monsieur le président, je pense que notre pays peut se passer d’Israël. Les Congolais ont besoin de vivre et non d’être tués par le terrorisme. Beni et tout l’Est en ont assez des massacres et des violences. Les capitaux juifs ou américains ne ramèneront jamais un mort à la vie. Pensez-y, Monsieur le président, car après ce pourrait être trop tard.

 

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