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Des trafiquants utilisent des handicapés pour frauder à la douane

A la frontière entre la RDC et la Zambie, à Kasumbalesa, des handicapés sont exploités par les commerçants. S’ils ne sont pas eux-mêmes trafiquants, certains handicapés sont utilisés par des commerçants fraudeurs parce qu’ils bénéficient de traitements de faveur à la douane.

Durant la journée, à la frontière entre la RDC et la Zambie, il est difficile de se frayer un chemin dans le très sollicité couloir officiel, obligatoire pour toute marchandise importée. Le soleil est au zénith, le sol est brûlant : il n’y a pas de place pour tous. Petits et grands, parfois en famille se bousculent, chacun lourdement chargé et souvent nerveux. Certains sont debout, d’autres assis sur leurs paquets.

Parmi eux, des handicapés. Ils transportent boissons alcoolisées, sucre, ciment et farine de froment, des produits difficiles à sortir de la Zambie et chèrement taxés à la douane. Les mêmes produits sont importés chaque jour par centaines de kilogrammes transportés à vélos et par des sentiers champêtres pour éviter la douane. C’est le fameux « bilanga », la puissante fraude qui passe par les champs.

Des personnes sans défense exploitées

Pauvres handicapés ! Ce sont des personnes vulnérables, souvent marginalisées, voire humiliées dans nos sociétés. Mais pour faire face à leur pauvreté, ils sont prêts à affronter tout mépris. Qu’importe ! Carine Namwan, commerçante, les voit depuis trois ans se faire ainsi exploiter. Mais après réflexion, elle se demande s’il faudrait strictement cesser cette action. « Je n’ai jamais eu le courage de les utiliser, dit-elle, parce que je considère cela comme une exploitation. Mais c’est cela leur vie. Parfois, j’en veux à ceux qui les utilisent mais je me demande aussi comment ils pourraient vivre sans cela. »

Franck, jeune transporteur, explique que « les handicapés jouissent d’un minimum de contrôle à la frontière. C’est avec eux que les produits défendus par la Zambie à l’export traversent plus facilement la frontière parce que les contrôleurs se montrent souvent compatissants avec eux. Mais on ne sait pas si c’est légal ou pas. » Difficile d’identifier leurs manipulateurs, si l’on n’a pas pris le temps d’observer ce vaste mouvement.

Le phénomène est mondial

Ce phénomène n’existe malheureusement pas seulement en RDC. En France par exemple, des lanceurs d’alerte ont dénoncé cette pratique. L’ONU continue à encourager les Etats à favoriser des considérations plus humaines des handicapés dès l’enfance. Ils devraient, en réalité, arriver à développer des politiques nationales pour des travaux adaptés aux handicapés. L’ONU estime que cette politique : « devra avoir pour but de garantir que des mesures de réadaptation professionnelle appropriées soient accessibles à toutes les catégories de personnes handicapées. »

Quoi qu’il en soit, employer les handicapés n’est pas synonyme de les exploiter. Mais exploiter leur infirmité est sans doute inhumain et contraire à la dignité humaine. L’Etat et les organisations de la société civile devraient lutter contre cela. Car ces « complices » défavorisés dès le départ, risquent de s’appauvrir bien plus encore, une fois arrêtés pour fraude douanière.

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Les commentaires récents (1)

  1. On constate aussi le même phénomène à Kinshasa au Beach Ngobila à la frontière avec le Congo-Brazzaville. Merci pour l’article

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