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Travailler au Congo et dormir au Rwanda : un manucure congolais fait l’inverse

La tendance aujourd’hui, dans les villes de l’est de la RDC, est que les jeunes travaillant à Goma ou à Bukavu préfèrent habiter au Rwanda parce qu’il y a l’eau, l’électricité, le loyer et Internet moins cher. Pourtant, Destin Agadji, ce manucure ambulant, fait tout le contraire : il a ses clients à Gisenyi au Rwanda, mais réside à Goma. Il fait plus de profits au pays des mille collines qu’il n’en fait au Congo.

C’est à la grande Barrière de  Goma que j’ai rencontré Destin Agadji, un soir vers 17 heures. Il venait du Rwanda et présentait ses documents pour passer la frontière et rentrer à Goma. Comme tous les manucures ambulants, il avait sur ses épaules son bassinet contenant tout son matériel : différents flacons de vernis de toutes les couleurs, limes, dissolvants, etc. Une fois arrivé au Congo, il a changé ses francs rwandais gagnés en francs congolais dans une petite boutique. Ensuite, il a déposé une partie de son matériel dans cette boutique, preuve qu’il est un habitué. Il y laisse tous les soirs ses outils pour les reprendre le lendemain matin. J’ai compris qu’il gagne son pain au pays de Kagame et rentre dormir chez lui au Congo. J’ai alors engagé une conversation avec lui.

L’histoire de Destin, toute une destinée

Il n’a que 22 ans, mais le destin a fait que Destin se batte très jeune pour sa survie. S’il m’a dit avoir la chance de s’en sortir un peu mieux actuellement, cela n’était pas le cas quelques années plus tôt. Il se rappelle quand il habitait encore chez son frère aîné : « Je fais ce métier depuis 5 ans. Mon capital de départ était de 60.000 francs congolais. Je venais du Sud-Kivu et m’étais installé à Goma chez mon grand frère. Mais la cohabitation était devenu très rapidement difficile avec son épouse. Je n’avais d’autre choix que de louer une petite maison seul, alors que j’étais encore nouveau dans ville. »

Il n’avait même pas encore l’âge de la majorité légale, mais devait déjà se battre pour gagner son pain. Heureusement que son travail de manucure l’a beaucoup aidé. « Aujourd’hui mon capital a triplé, je nage dans les 200.000 francs congolais. Cela sans compter les dépenses de loyer, ma nourriture… En plus je tiens une tontine où je verse 25.000 francs par semaine.», me raconte-t-il fièrement.

Ces gains, Destin  ne les aurait jamais réalisés au Congo, vu le grand nombre de manucures ambulants qui y sont, alors que la demande est minime. Au Rwanda il est payé jusqu’à10 fois plus qu’au Congo pour le même service.

De la manucure au commerce, son rêve

Grâce à son ancienneté dans son métier, son expérience et son doigté, Destin s’est déjà taillé une bonne réputation de manucure à Gisenyi. Il a déjà des clients réguliers qui n’hésitent pas à lui donner de gros pourboires : « Parfois je suis payé 5000 francs rwandais après une séance complète de manucure et pédicure », me confie-t-il. Ce qui est l’équivalent de 9000 francs congolais.  Mais il n’est pas dupe, il sait que cette bonne aubaine ne durera pas longtemps. C’est pourquoi son prochain projet est de se lancer dans le commerce. Et il ne voit plus aucune limite à ses rêves. Il veut devenir un commerçant connu mondialement !      

A l’ère où l’on parle de fuite des cerveaux congolais, je me demande si le cas de Destin n’est pas une fuite de main d’œuvre ?

             

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