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Traverser les frontières pour avoir internet

Bientôt une semaine que la République démocratique du Congo est sans internet sur décision du gouvernement. Seuls quelques Congolais vivant près des frontières arrivent à se connecter à internet via les opérateurs des pays voisins.

A Goma, des jeunes traversent la frontière pour venir passer leurs journées à Gisenyi et profiter d’internet. N’ayant pas besoin d’un visa pour vivre au pays de milles collines, certains Congolais s’y sont même installés temporairement depuis.

J’habite à Gisenyi au Rwanda depuis 4 ans maintenant et tous les matins je passe la frontière au Congo pour aller travailler, mais j’ai constaté que depuis la coupure de l’internet le nombre de Congolais qui viennent au Rwanda a sensiblement augmenté, les files sont plus longues que d’habitudes.

Besoin de travailler

« Je suis obligé de traverser au Rwanda chaque matin pour profiter d’Internet et rentrer chez moi au Congo tardivement le soir malgré l’insécurité dans mon quartier Himbi », témoigne Enoch un jeune informaticien de Goma.

« Je ne peux pas passer une semaine sans travailler avec la conjoncture de vie en RDC, nous vivons au taux du jour, nous priver de cette connexion c’est directement affecter mon travail. C’est une erreur d’un gouvernement irresponsable qui ne sait pas que certains Congolais vivent grâce à cet internet », ajoute-t-il.

Sans internet, pas de connexion avec la famille

Goma est aussi une ville estudiantine, pour beaucoup d’étudiants leurs parents sont ailleurs dans le fond de la province ou dans d’autres villes du pays et du monde. Whatsapp, appels Messenger et SMS étaient les moyens les plus faciles et les moins chers de rester en contact. Ils ne peuvent aujourd’hui plus communiquer. Et les coupures d’internet, comme on n’en est pas à la première, n’arrivent qu’au mauvais moment : « Il me fallait contacter mon frère aîné qui vit en Espagne pour qu’il me transfère de l’argent pour la deuxième tranche des frais académiques, si des amis ne m’avaient pas parlé de l’idée de venir au Rwanda pour retrouver internet, je serais dans de mauvais draps », explique Justin, étudiant en médecine à Goma.

Les étudiants qui travaillent sur leurs mémoires s’en trouvent aussi affectés, impossible de mener des recherches scientifiques sur le net au Congo. « Nous sommes limités, il n’y a pas moyen pour nous procurer des documents électroniques pour nos mémoires. Faire des allers et retours entre les deux pays m’a paru plus onéreux que de rester m’installer ici au Rwanda, alors j’y reste », témoigne un étudiant qui est hébergé momentanément par des amis à Gisenyi.

Informer le monde sur le Congo via le Rwanda

Les  journalistes des médias en ligne, les blogueurs ou correspondants des chaînes internationales sont aussi frappés par cette mesure. « Nos rédactions exigent des informations selon certains horaires. Nous devons suivre un rythme qui permette aux rédactions de diffuser nos informations avant qu’elles n’expirent. Nous sommes nombreux à devoir venir au Rwanda, utiliser la connexion d’ici pour informer le monde sur la RDC. Cette coupure est une atteinte grave à la liberté d’expression qui est pourtant un droit fondamental », nous fait savoir l’un d’eux.

Et ce calvaire n’est pas sur le point de finir, les autorités ayant décidé du retour de la connexion internet qu’après proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante. Or cette proclamation, initialement prévue pour ce dimanche 06 janvier a été reportée à la semaine prochaine. C’est donc reparti pour une nouvelle semaine sans internet.

 

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