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La vague zimbabwéenne déferlera-t-elle en RDC ?

Après 37 ans de règne, cela pourrait bien être la fin pour le président Mugabe. Des évènements commentés en RDC où l’opposition accuse le président de vouloir se maintenir au pouvoir en retardant l’organisation du scrutin présidentiel qui devra permettre l’élection de son successeur. Ces évènements au Zimbabwe peuvent-ils créer une vague qui déferlera au pays de Lumumba ? Habari RDC a interviewé trois experts de la RDC.

Jean-Claude Maswana, originaire de la RDC et professeur d’économie à l’école de sciences économiques de l’université de Tshukuba au Japon, a lancé le hastag #Zimbabwe_eteya_RDC (Que le Zimbabwe inspire la RDC). Pour cet économiste, c’est l’intransigeance et l’arrogance de Grace Mugabe qui ont rendu possible le réveil de l’armée. « L’arrogance du régime de Kinshasa devrait réveiller le peuple », pense-t-il.

« Ce qui s’est passé au Zimbabwe, rien qu’avec le compte Twitter @zanu_pf montre à quel point les alliés du pouvoir peuvent le nier subitement. En 12 heures, ce compte a annoncé un soutien, et après a désavoué Mugabe. Une vraie leçon pour ceux au pouvoir en RDC » a tweeté Benjamin Litsani Choukran, éditorialiste politique et directeur de publication au site d’informations Politico.cd.

Jean-Jacques Wondo, expert et analyste des questions militaires a déclaré à Habari RDC que la pratique n’est pas neuve en Afrique. Le Ghana de Jerry Rawlings, le Mali d’Amani Touré, le Niger de Salou Djibo… Tous ont expérimenté l’ingérence de l’armée. Il en est de même de la Tunisie et plus récemment du Burkina Faso. Dans certains cas, ils peuvent apporter un élan positif dans des transitions qui ont du mal à se faire. Peu à peu des militaires africains intègrent leur fonction républicaine de défenseurs de la nation et non des autocrates, affirme l’analyste.

Le Zimbabwe, une leçon pour la RDC ?

« À mon avis, Joseph Kabila ne devrait pas échapper à cette réalité s’il cherche à se maintenir au pouvoir envers et contre tout. Surtout que la RDC a la particularité des alternances au pouvoir du fait de l’implication des hommes en armes depuis son indépendance », estime Jean-Jacques Wondo. Ce dernier pense que le scénario du Zimbabwe peut devenir d’actualité au vu du rétrécissement croissant de l’espace d’expression politique et démocratique opéré par le régime de Joseph Kabila et de l’absence apparente de stratégies alternatives de l’opposition. « Il ne laisse plus finalement d’autres possibilités que l’option qui fera intervenir d’une manière ou d’une autre les militaires », conclut-il.

Jason Stearns, directeur du groupe d’étude sur le Congo GEC, un centre de recherche en jumelage entre l’université de New-York et l’université de Kinshasa pense que la situation au Zimbabwe aura un impact sur les élites congolaises, mais que cela sera probablement plus au niveau symbolique.

Dans une interview avec Habari RDC, le chercheur souligne que : « Les relations historiques entre les deux pays sont fortes. Le Zimbabwe s’est impliqué d’une façon musclée pour aider Laurent-Désiré Kabila à défendre Kinshasa lors de l’attaque des troupes rwandaises en 1998, et c’est au Zimbabwe qu’on a évacué le corps de Laurent-Désiré Kabila en 2001 lors de son assassinat. Mais depuis ce temps, avec la crise économique et politique au Zimbabwe, les relations se sont affaiblies. Les investissements zimbabwéens en RDC n’étaient pas rentables, et c’est seulement au niveau de la SADEC que le Zimbabwe continuait à prêter main forte à Kinshasa. » 

Pas une première, sans doute pas la dernière

Répondant aux questions de Habari RDC, le colonel Daniel Lusadusu, ancien officier de l’armée zaïroise qui appelle depuis quelques mois à une mise en commun du front politique et militaire comme alternative à la crise congolaise pense que la situation au Zimbabwe ne sera pas une première qui fera des vagues en Afrique mais bien la confirmation d’une certaine jurisprudence qui prend forme en Afrique et qui s’installe. Notamment dans les pays qui subissent la dictature des hommes forts, et où l’armée prend de plus en plus conscience de son caractère républicain. Cela risque de ne pas épargner notre pays, la République démocratique du Congo si Joseph Kabila s’obstine à rester au pouvoir contre la volonté populaire.

« Cette nouvelle posture de l’armée relève ce qu’on appelle la doctrine de la nécessité. Selon cette doctrine, la force armée d’un pays a une obligation indépendante d’intervenir dans les affaires intérieures lorsque les dirigeants militaires déterminent que cela est dans l’intérêt suprême de la nation », commente ce militaire. « Ainsi, ce qui se passe au Zimbabwe doit interpeller non seulement Joseph Kabila qui tient à s’accrocher au pouvoir, mais appeler à la raison les hommes en armes ».

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