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Accordons le bénéfice du doute à Peter Pham

Les opinions exprimées par le diplomate américain Peter Pham en 2012, année où le Congo était en pleine guerre contre le M23, reflètent plutôt le pessimisme et la résignation d’une certaine opinion qui à l’époque croyait que la RDC était incapable de préserver sa souveraineté et son intégrité territoriale.

Peter Pham, nommé le 9 novembre envoyé des États-Unis dans la région des Grands-Lacs, essuie des critiques pour un article qu’il avait publié en 2012 dans le New York Times intitulé : « Pour sauver le Congo, laissons-le s’effondrer. » En effet, il écrivait : « Si le Congo était autorisé à se diviser en entités plus petites, la communauté internationale pourrait consacrer ses ressources de plus en plus rares à l’aide humanitaire et au développement, plutôt que d’essayer, comme le Conseil de sécurité des Nations unies l’a promis, de préserver ‘’la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale’’ d’un État fictif qui n’a de valeur que pour les élites politiques qui se sont hissées au sommet afin de piller les ressources du Congo et de financer les réseaux de mécénat qui leur assurent de rester au pouvoir. »

C’est une position grave qui pousse les activistes de la Lucha à dire que sa nomination pour les Grands-Lacs est une « grave maladresse » de l’administration Trump.

Les idées évoluent

Je ne suis pas d’accord avec les idées développées par ce chercheur spécialiste de l’Afrique au Think tank Atlantic Council, et je ne veux pas jouer l’avocat du diable, mais je vais plaider pour qu’on lui accorde le bénéfice du doute. L’article en question date de 2012, alors que le M23 venait de prendre Goma. La RDC était en guerre, et peut-être que vu de l’extérieur, elle donnait l’impression d’un pays qui était sur le point d’exploser. Mais la RDC de cette époque n’est plus celle d’aujourd’hui. Malgré la persistance de l’insécurité dans certaines régions de l’Est, le M23 a été maîtrisé, et personne ne croit aujourd’hui que ce grand pays soit au bord de l’implosion. De la même façon que la situation du pays a évolué, il y a lieu de penser que les idées de Pham auraient aussi évolué.   

D’ailleurs, en le lisant bien, on voit que Peter Pham était plutôt en colère contre les élites corrompues qui ne cherchent qu’à s’enrichir et qui ne font rien pour assurer la sécurité des Congolais. C’est une manière de dire : si les Congolais eux-mêmes ne font rien pour protéger leur pays, la communauté internationale ne peut le faire à leur place.

Les Etats-Unis n’ont pas intérêt à ce que le Congo explose

J’ajouterai que M. Peter Pham, en tant que diplomate, ne pourrait pas appliquer ses « préjugés » sur la RDC, mais il va plutôt veiller aux intérêts des États-Unis dans la région. Le communiqué du département d’Etat concernant sa nomination dit que le nouvel envoyé « sera responsable de la coordination de la mise en œuvre de la politique américaine en matière de sécurité transfrontalière, de questions politiques et économiques dans la région des Grands-Lacs, en mettant l’accent sur le renforcement des institutions démocratiques et de la société civile, ainsi que sur le retour volontaire et en toute sécurité des réfugiés et des personnes déplacées de la région ».

C’est vrai que les États-Unis ont mené une politique controversée en RDC. Ils ont contribué à la persécution de Patrice Lumumba et ont soutenu le régime corrompu de Mobutu. Quand ils ont compris que Mobutu ne pouvait plus tenir, ils ont soutenu Mzee Kabila dans sa guerre pour la conquête du pouvoir, cette fois parce qu’ils croyaient que c’était un leader d’un genre nouveau qui allait changer les choses. Mais ils n’ont jamais soutenu les séparatistes comme Moïse Tchombe, qui avait plutôt le soutien des Belges.

Aujourd’hui, les États-Unis de Donald Trump veulent plutôt un régime stable et un État de droit en RDC, qui peut protéger les investissements étrangers et avec lequel ils peuvent faire de bonnes affaires. Ils n’ont pas intérêt à ce que la RDC s’effondre.

 

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