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Lettre ouverte à Monsieur Peter Pham, envoyé spécial des États-Unis dans les Grands-Lacs

Monsieur l’envoyé spécial,

De prime abord, je tiens à vous féliciter pour votre nomination en tant qu’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs. Ce n’est pas le Graal, mais des diplomates de carrière vous diront que travailler sur les Grands Lacs est plus passionnant qu’être affecté comme ambassadeur dans une des capitales de l’Europe occidentale.

Cependant, ce poste au sein de la diplomatie américaine a sensiblement évolué au cours des 20 dernières années, au point qu’être envoyé spécial pour les Grands Lacs est devenu synonyme d’envoyé spécial pour la République démocratique du Congo. De ce fait, le passage par Kinshasa est plus qu’incontournable. Aussi souhaitais-je vivement que votre mission aboutisse à un succès. Un succès que vous aurez à l’épreuve de patience. Il est acquis que la classe politique congolaise ne vous fera aucun cadeau. Ce n’est pas par égard à vos beaux costumes que Kabila et ses adversaires vous faciliteront la tâche.

Cher Monsieur Peter Pham, je suis d’autant plus préoccupé que vous ne donnez aucune garantie pour la résolution de la crise politique actuelle en RDC. Votre rôle de médiation va se heurter à vos prises de position publiquement affichées quant à l’intégrité des frontières de notre grand pays. Dans une tribune publiée le  30 novembre 2012 sur le site internet du quotidien New Times, vous étiez assez clair : « le Congo est trop grand pour réussir ». Une phrase qui devrait faire bondir les leaders de la majorité comme de l’opposition dans mon pays.

J’en tire trois conséquences que je présente de la manière suivante :

Primo : l’argument selon lequel le Congo est trop vaste pour réussir ne tient pas la route. Pour preuve, voyez combien d’Etats minuscules on a sur le continent africain et dites-moi combien sont parvenus au stade d’un développement digne de ce nom ? Si vous soutenez l’argument d’un Congo trop vaste pour décoller, je peux aussi soutenir l’argument de certains Etats trop petits pour décoller. Pourtant, vous n’appelez guère ces derniers à se coaliser pour réussir ensemble. Et sinon, que dire de la taille des Etats-Unis ?

Secundo : votre prise de position ne s’appuie sur aucune étude sérieuse ni sur une enquête d’un groupe d’experts. Je parie que vous vous appuyez sur des thèses couramment admises dans certains milieux selon lesquelles le Congo-Kinshasa est tout sauf un Etat. Sans aller jusqu’à adopter la posture des thuriféraires du régime de Kabila, je trouve que la non-existence d’un Etat dans cet ensemble de plus de 2 millions de km2 est un mythe dangereux. Surtout si l’on vous y envoie comme diplomate. S’il n’y a même pas d’Etat, alors sur quoi nous appuierons-nous pour rechercher la paix ? Et sur quoi s’appuiera votre travail ? D’ailleurs, on remarque que vous militez pour la balkanisation du pays mais vous ne dites pas clairement sur quelle base on va travailler pour créer ces minuscules pays. Allez-vous demander que les provinces actuelles soient de futurs Etats ? Ou alors allez-vous demander que l’on trace des frontières selon les limites géographiques des tribus ? Ce qui selon moi va poser plus de problèmes qu’on en a aujourd’hui.

Tertio : dans leurs luttes politiques, les Congolais ont toujours été d’accord au sujet de deux choses : on ne touche pas à l’honneur des Léopards, l’équipe nationale de football. Et on ne remet pas en cause les limites géographiques actuelles du pays. Je me souviens que même le fameux groupe armé M23 avait pour ambition de poursuivre la guerre jusqu’à Kinshasa. Il n’a jamais été question pour lui de remettre en cause les frontières congolaises.

Je terminerais par vous recommander fortement de ne pas vous contenter des coupures d’articles des journaux ou des rapports de diverses organisations pour fonder votre opinion sur un pays aussi complexe que le Congo. Faites un voyage sur place et vous comprendrez mieux. Je termine en vous souhaitant d’avance la bienvenue dans notre Congo.

Veuillez agréer, Monsieur l’envoyé spécial, l’expression de mes sentiments patriotiques.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. dans leurs luttes politiques, les Congolais ont toujours été d’accord au sujet de deux choses : on ne touche pas à l’honneur des Léopards, l’équipe nationale de football. Et on ne remet pas en cause les limites géographiques actuelles du pays. !!!!!!!

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