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Acquittement de Bemba : les victimes centrafricaines n’ont plus confiance en la CPI

Les victimes de viols, massacres, pillages, torture, etc., commis par les troupes de Bemba, et qui attendaient sa condamnation pour apaiser leurs souffrances, voient aujourd’hui cet espoir transformé en un désespoir absolu. A. Joyce, un blogueur centrafricain, évoque la douleur des victimes et leur soif de justice.

« La décision de la Cour d’appel de la CPI est une grande déception pour cette grande masse silencieuse à laquelle on pouvait faire justice. Elle reste là sur sa faim, déçue comme tout et finalement nous allons perdre foi en la justice », a lâché une des victimes de la préfecture de la Kemo, après avoir reçu la nouvelle.

« Moi-même je m’inquiétais parce qu’ils ont mis une démarche en place qui devait réparer tout ce que les éléments de Bemba ont détruit. Mais subitement, ils l’ont libéré. Comment on va faire, nous les victimes ? », s’interroge une autre de la même localité.

Pour une autre victime, encore , « c’est la désolation. Jean Pierre Bemba, tout le monde sait que c’est le bourreau du peuple centrafricain et précisément ceux de la ville de Sibut. Aujourd’hui c’est avec beaucoup d’amertume que les gens ont appris cette nouvelle et les gens ont perdu confiance en la justice internationale ».

La Fédération internationale des droits de l’Homme et ses partenaires en République Centrafricaine – qui avaient documenté les crimes imputés aux troupes de Bemba commis en RCA en 2002 et 2003, puis saisi la CPI – regrettent que ce jugement innocente le chef de guerre et laisse les victimes sans recours.

La FIDH indique que les victimes ont parfois tout perdu (proches, soutiens, biens), et que beaucoup sont tombées malades des suites de ces agressions (contamination par le VIH lors des viols, notamment), ou souffrent de séquelles physiques et psychologiques graves. La FIDH note également que ces victimes sont encore stigmatisées et rejetées en raison des viols subis. Lors de sa dernière mission en RCA auprès des victimes des crimes imputés à Bemba et à ses troupes, une victime de viol leur avait déclaré : « J’ai été soulagée de voir que Jean-Pierre Bemba avait été condamné (à 18 ans de prison, en première instance, en 2016, Ndlr.)  […] mon cœur commence à s’apaiser un peu. »

Plusieurs réactions de la part de certaines organisations ont eu lieu au lendemain de cet acquittement en République Centrafricaine. Le Conseil des leaders politiques sociaux (CLPS) demande que des explications fiables soient données à la population sur cette libération. Jean Serge Wafio, coordonnateur du CLPS, trouve que les autorités du pays doivent saisir toutes les opportunités diplomatiques et judiciaires afin que la RCA se retire de la Cour pénale internationale.

En dépit de l’annonce du département du Fonds au profit des victimes de la CPI pour accélérer le lancement d’un programme d’assistance en faveur des victimes, le CLPS estime que cette assistance n’est rien face à l’injustice subie.

 


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