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Le business du diamant : comment ça se passe à Mbujimayi ?

Je vis à Mbujimayi et je vois comment se passe le business du diamant. Je vous jure que c’est un monde à part, avec ses réalités, ses hauts et ses bas. La vie du diamantaire est certes enviable, mais elle relève du parcours du combattant. Certains ont fait ce métier et sont restés pauvres toute la vie. Je vous explique.

Mbujimayi est réputé pour son sous-sol riche en diamant industriel. Parfois, vous pouvez ramasser un diamant dans la rue. Et vous voilà dans le bonheur ! Le gisement est exploité par la Miba. Mais il y a aussi l’exploitation artisanale de ce minerai. Des milliers de gens vivent de cela. Les uns comme creuseurs artisanaux, les autres comme négociants. Et pour faire le business du diamant dans la légalité, il vous faut être détenteur d’une « carte de négociant » délivrée par les services de l’Etat.

Des puits trop profonds

Ceux qui creusent le diamant prennent de gros risques, car ils entrent parfois dans des puits de plus de 50 mètres de profondeur. Il suffit d’un petit glissement de terrain pour les engloutir. Beaucoup sont morts comme ça dans des éboulements. Je me souviens encore du jour où neuf creuseurs clandestins étaient tués dans un éboulement au polygone Miba. Des jeunes gens âgés de 22 à 29 ans. C’est un métier très dangereux. Kami, un jeune creuseur explique : « Quand nous entrons dans des galleries souterraines très dangereuses, nous comptons sur la protection divine, car la mort est certaine. Mais si j’en sors vivant et que j’ai attrapé un diamant de valeur, ma vie change immédiatement. Je peux en un seul jour m’acheter parcelle, immeubles, voiture… Je peux me marier, etc. »

Une centaine de comptoirs d’achat de diamant

La ville de Mbujimayi est quadrillée par des marchés de diamant. Des marchés souvent pleins de monde. Il y circule des diamants de toute valeur, mais aussi des millions d’argent en francs congolais ou en dollars américains. Les diamantaires n’ont pas de culture bancaire : beaucoup gardent leurs millions à la maison ou dans des sacs qu’ils trimbalent dans leurs voitures. Ils aiment les femmes, les plaisirs, les grandes dépenses, la gloire… Ils étalent leurs millions à la télévision.

Comment se font l’achat et la vente du diamant ? Si vous êtes un acheter et que n’avez pas votre propre maison de diamant, vous allez au comptoir, vous trouvez des tables et vous en louez une pour la journée. Vous y installez vos objets de travail : balance, loupe, calculette, etc. Des creuseurs ou des négociants professionels passent avec leurs diamants, vous achetez selon vos moyens. Si vous avez fini de constituer votre colis, vous pouvez à votre tour le revendre sur place, à Kinshasa ou à l’étranger, notamment en Angola, en Inde, à Anvers en Belgique…

Sur place à Mbujimayi, il y a également des comptoirs tenus par des expatriés : des Libanais, des Indiens, etc. Ils ont engagé des « Ya kulu », ces courtiers et commissionnaires qui sont toujours debout à la recherche des clients ayant les diamants à vendre. Parmi les grands diamantaires locaux actuellement, on compte Petit Beyard, Deux associés, M. Tshia, etc.

Être un fin négociateur des prix

L’un des pilliers du business du diamant c’est la capacité à marchander. Sinon vous vous ferez rouler, dribbler chaque fois. Les prix se discutent d’une manière incroyable. Un diamant de 2000 dollars, vous pouvez l’acheter par exemple à 150 dollars, et vice-versa. Voilà pourquoi parmi les diamantaires, les uns font faillite, tandis que les autres s’enrichissent rapidement. Et c’est la raison pour laquelle on a des jeunes millionnaires à Mbujimayi. Je ne peux vous dire combien les filles les suivent !

Cependant, les choses se compliquent souvent quand le cours mondial du diamant est en chute libre. C’est la période des vaches maigres. Là, certains diamantaires deviennent des mendiants en un jour. Leurs colis ne trouvent preneur nulle part. Mais attention ! Dès que le cours remonte, oh ! La vie reprend. L’argent circule et Mbujimayi vibre.

Gare aux arnaques

Il faut bien maitriser le marché, la nature, la valeur et la qualité de chaque diamant. C’est très important. Sinon, on vous vendra un faux, un tesson de bouteille par exemple. Des cas comme ça on en a vécu plusieurs à Mbujimayi. Si vous êtes nouveaux dans le domaine, le mieux à faire c’est de vous faire assister par quelqu’un qui s’y connaît et en qui vous avez confiance.

Le business du diamant est un enrichissement facile. C’est des liquidités que vous avez sur le champ. Ce n’est pas le cas avec d’autres minerais du pays. Il faut par exemple toute une tonne de cobalt pour avoir seulement 5000 dollars environ, mais avec le diamant, une pierre plus petite qu’une bille ou un bouton de chemise, peut vous faire 10 millions de dollars !

Alors, vous voulez devenir diamantaire ? Tenez compte de tous ces conseils.

Henock Kayembe

 

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