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Sur le site du décès de Papa Wemba à Abidjan : les Ivoiriens se souviennent

Mourir sur scène n’arrive pas à tout le monde, même aux superstars. Mais le king de la rumba congolaise, Papa Wemba, avait prophétisé qu’il mourrait sur scène et cela s’est accompli au Festival de musique d’Anoumabo en Côte d’Ivoire, le 24 avril 2016. Découvrez ici les témoignages des habitants d’Anoumabo que nous avons rencontrés à Abidjan et qui ont vécu en live la mort de Papa Wemba. Près de deux ans après, ils sont toujours sous le choc.

Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, était d’une famille de chefs coutumiers dans l’actuelle province du Sankuru en RDC. Raison pour laquelle, il aimait se faire appeler chef coutumier du village Molokai. Voilà qu’en vrai chef coutumier, il a rendu l’âme dans un village appelé Anoumabo à Abidjan. Tout un symbole. Bref, le roi de la rumba est mort sur scène armes à la main. Ou plutôt micro à la main.

Jean-Roland Tatouan, la vingtaine révolue, est le premier jeune Ivoirien que nous avons interrogé le vendredi 9 mars 2018 au village d’Anoumabo à Abidjan. Anoumabo est un quartier de la capitale ivoirienne mais ses habitants préfèrent l’appeler village et ils en sont fiers. Nous avons trouvé le jeune Jean-Roland assis juste sur le lieu même où Papa Wemba était décédé. Sur le site du Festival de musique d’Anoumabo (Femua), un festival organisé chaque année par l’Ivoirien Asalfo, leader du groupe Magic Système. Depuis la mort de la star congolaise, le lieu, situé en face de l’église Aristide et à côté de l’avenue Kampala. a été baptisé « Place Papa Wemba ». Une plaque bleue l’indique sur le mur du Femua.

Ce jour-là, mourait Papa Wemba

Le jeune Ivoirien Jean-Roland Tatouan s’est mis à nous raconter ce qui s’était passé le 24 avril 2016, jour où Papa Wemba s’est produit sur la scène du festival. « Les gens étaient très contents quand il chantait. Ça criait partout, les gens transpiraient en dansant. Et  soudainement, Papa Wemba est tombé ! », témoigne Jean-Roland en marquant une pause comme s’il voulait nous faire revivre ce moment. Selon le jeune homme, une danseuse, voyant Papa Wemba au sol, a fondu en larmes et a crié : « Papa est mort ! Papa est mort ! » Le discours du jeune homme était émouvant.

Assis a côté de son ami Jean-Roland, tels deux orphelins, un autre jeune Ivoirien, Harris, prend la parole : « Je me souviens que le spectacle a duré environ 25 minutes quand le pire est arrivé ». Sur le champ, beaucoup pensaient que Papa Wemba avait juste piqué une simple crise, peut-être due à la fatigue, et qu’il allait se remettre rapidement. « Or c’était la fin, il est mort sur scène comme il l’avait prédit lui-même », conclut Harris.

Pourtant, rien ne présageait un tel événement, nous dira un peu plus tard un jeune coiffeur dont le salon est situé à moins de cinquante mètres du site du Femua. « Vers 16 heures, le Elvis Presley congolais a bien fait sa répétition avec son groupe. Occasion pour les curieux de venir contempler la star », explique le coiffeur. La même foule quittera cette place le jour suivant vers 4 heures du matin se posant de multiples questions : qu’est-il arrivé au vieux Bokul ? Est-il vivant ou mort ? La mauvaise nouvelle fut confirmée quelques heures plus tard. Papa est mort.

Wemba toujours vivant dans les cœurs des habitants d’Anoumabo

A chaque fois qu’ils évoquent les séquences de cette matinée fatidique, les villageois d’Anoumabo ressentent tous une certaine douleur, et surtout de la tristesse, comme s’ils avaient perdu un Ivoirien. Cet amour pour quelqu’un qui n’était même pas né en Côte d’Ivoire nous a beaucoup émus. Nous avons compris que les Ivoiriens étaient bel et bien panafricains. À Abidjan, le Rossignol congolais était un musicien « adoré » par tous, du plus petit au plus grand. Pour le vérifier, nous avons interrogé au hasard une petite fille de 13 ans portant un enfant enveloppé dans un pagne sur son dos. « Tu connais Papa Wemba ? »

« Oui bien sûr », répond-elle sourire aux lèvres avant de se mettre à chanter la chanson Maria Valencia de Papa Wemba.

Curieusement, ce titre Maria Valencia c’est l’une des chansons les plus aimées en Côte d’Ivoire. Même un assistant du maire de la commune de Marcory, où est situé Anoumabo,  nous a surpris en l’entonnant, avec une voix qui imitait celle de Papa Wemba ! Et un autre Ivoirien d’ajouter : « En mourant ici, Papa Wemba nous a fait hériter de son art. »

Voilà les souvenirs des Ivoiriens sur le décès de Papa Wemba dans ce village d’Anoumabo où le porte-parole de la chefferie nous a déclaré : « Ici, nous avons la tête dans la modernité et les pieds dans la tradition. »

 


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