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Guegue, la seule boisson à bas prix qui nous reste

Vous connaissez sûrement le mot guegue. Par le passé, il était attaché au chanteur Moïse Mbiye et son affaire de « satanisme » supposé. Aujourd’hui, guegue est une toute autre chose. Ce nom est donné à une liqueur très forte, prisée par le Kinois en substitution à la bière devenue trop coûteuse. D’autres Kinois l’appellent « aguene ». Malgré l’interdiction de la police, les jeunes ne manquent pas d’ingéniosité pour se procurer la liqueur guegue.

1400 FC (0.9$) était le prix de la bière, il y a quelques mois. Aujourd’hui, le prix de la bière brune s’est envolé. Une bouteille de Nkoyi se vend actuellement à 2100 FC (1.4$), une hausse de 50%. Etonnez-vous ! C’est peut-être une autre conséquence de la crise. Suite à cette hausse de prix, le Kinois à faible revenu n’ose plus boire de la bière comme par le passé. Les choix deviennent de plus en plus serrés. Les uns se contentent de partager une seule bouteille de Nkoyi à deux ou à trois ; les autres recourent aux liqueurs fortes produites dans les distilleries de fortune, sans dose déterminée. Les mesures de ces boissons sont vendues à partir de 300 ou 500 FC. Tout dépend du contenu de votre poche.

Un jour je me retrouve à une terrasse de Lemba. Nous revenions de l’enterrement d’un proche. Comme il est de coutume à Kinshasa, chaque occasion de rencontre est ponctuée par une bière. Nous étions nombreux à cette terrasse et le DJ lance la chanson « Nzanga luketu » de Werrason. Les uns dansent, les autres font semblant de ne pas s’intéresser. Pourtant ils bougent quand-même leurs têtes au rythme presqu’envoutant de la chanson. C’est le moment de passer les commandes…

Se cacher pour boire son guegue

Comme je ne prends pas d’alcool, je demande la maltina, une bière sans alcool. Elle aussi a augmenté de prix, passant de 700 à 800 FC. C’est dû à la crise, on n’y peut rien. A côté de moi, il y a un groupe de jeunes très agités. Ils crient, dansent, chantent et sautent en indisposant tout le monde… Sur leurs tables, plusieurs bouteilles de bière Nkoyi : une vingtaine, je pense. Curieusement, je remarque que toutes ces bouteilles sont vides, mais personne ne buvait de ces bouteilles. Pourquoi ces jeunes gens sont ivres et si agités ?  

Je regarde de très près leur table, mais je n’ai vu rien d’anormal. Je continuais à les observer. C’est alors que j’ai découvert un truc ! Pendant qu’ils dansaient, l’un d’eux a fait un faux mouvement et a piétiné une bouteille. Celle-ci éclate et laisse couler un liquide qui sent les liqueurs locales. Je regarde encore et là, je vois quatre autres bouteilles sous la table, bien cachées. Très fâché, l’un d’eux crie et se lamente : « Osopi guegue na nga yo, osopi aguene… » (« Tu as renversé mon guegue… »). Eh voilà ! C’est donc ça leur petit secret, sous couvert de Nkoyi.

Une jeunesse en perte d’équilibre

En réalité, faute de moyens, la plupart de ces jeunes consomment en cachette ces boissons appelées « guegue » ou « aguene ». Pour tromper la vigilance des agents de la police, les uns versent ces liqueurs dans les bouteilles de bière normale, les autres les cachent sous les tables.  Ainsi, personne ne se rend compte qu’assis à une terrasse avec tout le monde, un jeune bien sapé peut prendre ces boissons alcoolisées sans dose et moins coûteuses. « Guegue ou Nkoyi, l’essentiel eza dring… nyonso elangwisaka » (« guegue ou Nkoyi sont toutes des boissons enivrantes »), me dit un accro de ces boissons.

C’est à cause de ses propriétés enivrantes et excessives que cette boisson appelée depuis longtemps « aguene » s’est vue donner le nom de guegue aujourd’hui. Pendant ce temps, à la télé, on nous montre des jeunes mourant dans les rues pour raison d’ivresse excessive. Difficile d’éradiquer ce phénomène lorsque bon nombre d’agents de l’ordre sont eux-mêmes amateurs des liqueurs guegue.

 


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