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Jonathan Yombo : le jeune ingénieur qui a construit une centrale hydroélectrique en RDC

Nous sommes dans la cité de Kasangulu au Kongo Central, province à l’ouest de la République démocratique du Congo. J’y ai rencontré le jeune Yombo Tshiyoyo Jonathan. Il vient d’expérimenter sa première mini centrale hydroélectrique. Un projet original et facile à reproduire en RDC.

Jonathan Yombo est un génie et physiquement un géant. Il mesure 1,90 mètres, taille de basketteurs de NBA. Voix grave, cheveux coupés à ras, il m’a paru réservé quand je l’ai abordé. Nous avons visité le site de la mini-centrale hydroélectrique dont il est le créateur. Il nous a fallu – grâce à différents ponts de fortune – traverser le bassin de la rivière Lukaya pour atteindre la carrière Manoka, dans la ville de Kasangulu à environ 1,5 km de la route de Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central.

À la carrière Manoka, nous retrouvons trois des camarades de Jonathan. C’est là que je m’aperçois que le jeune homme n’est pas du tout timide mais plutôt très blagueur.

 

Le complexe formé de haut en bas, le mini barrage, le conduit, la tribune et le générateur.

C’est en 2017, dans le cadre de son travail de fin d’études, que Jonathan se lance dans  la réalisation de son projet intitulé : « Elaborer une pico-centrale hydroélectrique dans une des rivières de Kinshasa. » Dans sa recherche d’un cadre d’expérimentation, il se souvient du bassin versant de la rivière Lukaya qu’il avait visitée étant plus jeune, lors d’une excursion à Kasangulu. Le lieu ainsi trouvé, il ne restait plus que les autorisations et le financement pour concrétiser son projet.

Jonathan démarre la turbine du barrage pour montrer son fonctionnement.

Un prototype expérimental

Sur ce site, nous nous approchons d’un dispositif plutôt original, composé de plusieurs métaux. Il s’agit de sa mini centrale hydroélectrique. Durant la conversation, je remarque qu’il parle de sa machine avec beaucoup de plaisir et de fierté, tout en mentionnant que celle-ci est un prototype expérimental. « Il s’agit d’une machine de groupe turbine-générateur Asynchrone Banky-Michell, qui produit 400 Watts », me dit-il. J’avoue ne pas avoir compris grand-chose… C’est tellement technique.

Lampe témoin de la production de l’énergie par la centrale.

En haut du bassin de la rivière, du côté droit, je remarque une ampoule allumée et un téléphone en charge. « Avec quelle électricité alimente-t-on cette ampoule ? », me pressai-je de lui demander. En des termes simples et compréhensibles cette fois-ci, l’ingénieur confirme que « cette machine peut alimenter un foyer en milieu rural dans tous les besoins, excepté la réfrigération et la cuisson. Et peut donc alimenter 5 ampoules économiques de 20 Watts, une télé plasma et les prises électriques. » Il s’agit bel et bien du courant produit par sa mini-centrale.

Un téléphone branché à une prise électrique alimentée par le courant de la centrale.

Jonathan Yombo se dit satisfait à 60%, puisque la théorie répond totalement malgré les dures réalités vécues sur le terrain. « Certaines firmes internationales offrent les mêmes modèles dans nos territoires congolais, notamment la firme allemande KFW… », m’explique cet ingénieur ambitieux.

Une machine à plus de 2000 $ de coût de réalisation

Se lancer dans un projet comme celui-ci a été pour Jonathan un exercice des plus laborieux. Plusieurs fois découragé par ses aînés et camarades d’université dont les expériences ont connu chaque fois des échecs, Jonathan Yombo n’a pas baissé les bras. Outre le soutien financier dont il a bénéficié de l’un de ses proches, son enthousiasme et sa détermination l’ont poussé à aller jusqu’au bout. Turbine, générateur, tuyaux PVC, différentes autorisations auprès de la chefferie et des carriéristes, construction, sans oublier différents va-et-vient entre Kasangulu et Kinshasa… Toutes les dépenses lui ont coûté 2000 dollars. À cela s’ajoutent trois semaines de conception et un mois et demi de fabrication. « Aza suka na ba ingénieurs » (c’est un excellent ingénieur), s’écrie un des casseurs de pierres de la carrière Manoka, satisfait du travail du jeune Jonathan.

Jonathan fait un test pour évaluer la pression d’eau.

Pendant que l’on traverse  la rivière Lukaya, Jonathan me raconte que son projet est parti d’un vieux rêve qu’il avait depuis 2014. « Alors que j’étais en troisième graduat, fortement intéressé par la transformation des produits agro-alimentaires, je projetais de me lancer dans cette industrie. Je me suis lancé un défi, celui de produire un dispositif capable de générer de l’énergie hydroélectrique sur les rivières de Kinshasa et de toute la RDC », explique-t-il. Et de poursuivre : « Très vite, la réalité me rattrape, et je me rends bien compte du besoin énergétique et financier que cela impliquait… C’est ainsi que j’ai réalisé ce prototype. »

Grâce à son potentiel hydraulique, la RDC est capable de produire des turbines localement, sans nécessairement importer les équipements. Il y a juste besoin du soutien et de la volonté politique de nos autorités. Ce jeune Congolais formé au pays, peut produire à moindre coût ce que nous proposent les multinationales. En voici, une preuve.

 


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