Obsèques d’Etienne Tshisekedi au stade des Martyrs de Kinshasa, @Habari RDC 2019
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Kabila, Bemba, Katumbi, Fayulu : ces absences qui ont étonné aux obsèques d’Etienne Tshisekedi

Joseph Kabila, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba… les grands absents aux obsèques d’Etienne Tshisekedi, les 31 mai et 1er juin 2019 à Kinshasa. Pourtant, le Rwandais Paul Kagamé, en frère africain, a bien répondu présent. Lui qu’une certaine rhétorique propre à l’UDPS, -parti d’Etienne Tshisekedi enterré ce jour-, accusait naguère d’étendre son emprise sur l’ancien pouvoir congolais. Kagamé ne s’en est pas offusqué et n’a pas décliné l’invitation du nouveau président Félix Tshisekedi, le fils du défunt.

Le problème congolais est entre Congolais eux-mêmes. Paul Kagamé vient de le redire sans parler, à travers sa présence aux obsèques d’Etienne Tshisekedi, l’opposant congolais qui aura passé sa vie à lutter pour la démocratie en RDC. Mais pourquoi, diantre, les quatre leaders politiques congolais se sont-ils absentés ?

Et si Kabila avait honte ?

Une page d’histoire d’Etienne Tshisekedi recevra sûrement des mots comme « controverse ». Un mot qui aura été l’une des caractéristiques majeures de sa lutte politique. La controverse a été si grande qu’elle est apparue même à ses obsèques.

La première surprise vient sans doute de Joseph Kabila, l’ex-président de la République qui a pourtant assuré une première passation de pouvoir « civilisée », d’après l’expression consacrée par ses proches. Beaucoup de Congolais ne comprennent pas son absence aux obsèques, alors que les relations avec son successeur sont annoncées « encore bonnes », en témoigne la nomination d’un Premier ministre très proche de l’ancien président.

Sans doute, entre Kabila et Félix, il y a eu près de deux ans de mésentente autour du programme d’inhumation de l’opposant Etienne Tshisekedi. De là à refuser de se faire enregistrer ne serait-ce que pour le dépôt des gerbes de fleurs, ce que la famille du maréchal Mobutu ne s’est pas interdit de faire, quoi de plus étonnant ! Et Gaby, un jeune Congolais, de conclure : « L’absence de Kabila à ces obsèques est un refus de s’incliner devant un héros national qu’il refuse de reconnaître. » Une question de logique donc. Mais Tshisekedi wa Mulumba n’a pas été proclamé héros national, mais « grand cordon » dans l’ordre des héros nationaux. Ainsi donc, l’ancien président a refusé de rendre hommage à l’homme qui était son principal opposant. Ce qui est contraire au fair-play et à la démocratie.

Katumbi, Bemba, Kabila absents

À propos des absents, Kabila, Bemba et Katumbi se classent ex aequo. Mais à la différente de Kabila, les deux acteurs politiques congolais tout aussi influents, ont rendu leurs hommages au défunt à Bruxelles et non à Kinshasa où il repose désormais. D’après l’analyse du journaliste Gilbert Kyungu, président des médias associatifs et communautaires du Katanga, une hypothèse mérite d’être prise en compte. C’est le refus, pour Katumbi, et cela vaut aussi pour Bemba, de se retrouver dans une situation de télescopage avec Kabila, à l’idée que ce dernier serait présent aux obsèques d’Etienne Tshisekedi. De quoi craindre le  risque de détourner l’attention censée rester sur l’événement. Mais cette hypothèse semble ne pas suffire pour expliquer cette absence, alors que l’occasion d’un deuil, au Congo, sert à laver les linges sales en famille.

Ils regardent leur nombril pour voir le Congo

Le Congo a assisté à des réticences, voire au refus de ses leaders de se rencontrer malgré l’occasion ainsi offerte. Chez nous, lorsqu’un père ou un plus âgé de la famille meurt (et le Congo est une famille des Congolais), on réunit tous les membres qui sont en conflit. Une occasion de les réconcilier, et d’exiger que cessent leurs inimitiés. Et dans cette circonstance, ils s’acceptent comme frères et sœurs, et partagent un repas ensemble.

Cette réconciliation, le Congo en a besoin aujourd’hui. Et ce deuil de Tshisekedi aurait dû servir à cela. Après tant de guerres, de morts et de violences, il était temps que les gens se rencontrent. Mais hélas ! Y a-t-il des sages au Congo ? Pourquoi n’a-t-on donc pas réuni Kabila, Katumbi, Bemba et les autres, pour enterrer la hache de guerre à l’occasion des obsèques d’Etienne Tshisekedi ?

Ce sont de mauvais signaux que nos leaders politiques préfèrent envoyer, en lieu et place des accolades. Et c’est malheureusement le nombrilisme caractéristique, qui n’a toujours rien amélioré à la situation désastreuse du vivre-ensemble au Congo.

 

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Les commentaires récents (0)

  1. Cher Mwana Mboka,
    en votrev qualité de journaliste, ça aurait pu être plus professionelle et utile de poser ces questions aux concernés ou leur entourage politique en lieu et place des spéculations et hypothèses non justifiées. C’est ce que le public attend du journaliste: l’information correcte et fondée