Kabila
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Kabila n’est pas Poutine

Une certaine opinion pense que Kabila continuera à tirer les ficelles parce qu’il garde la majorité aux deux chambres du Parlement, malgré la victoire de l’opposant Félix Tshisekedi à la présidentielle.  Ce ne sera pas le cas puisque la majorité va là où le pouvoir va, écrit le blogueur burundais Jean-Marie Ntahimpera.

Le président Joseph Kabila a tout fait pour retarder les élections et rester au pouvoir. Mais suite aux pressions tous azimuts, il a finalement accepté de partir en désignant Emmanuel Shadary comme dauphin pour les élections du 14 janvier 2019. Tout le monde a cru que Kabila préparait le scenario Poutine-Medvedev en Russie : quitter le pouvoir, désigner un successeur sans influence qu’il continuerait à contrôler, et reprendre le pouvoir après la fin du mandat du dauphin.

La défaite du dauphin Emmanuel Shadary montre que Kabila ne contrôle pas tous les rouages du pouvoir, même si beaucoup d’observateurs reconnaissent que c’est un fin stratège. Et ce n’est pas seulement une défaite de Shadary, mais celle de Kabila lui-même. Le système Poutine aurait marché si le président Kabila était très populaire et très aimé par les Congolais. Dans ce cas, ceux qui l’aiment auraient dit : « Nous lui faisons confiance, votons pour son dauphin. » Ce n’est pas ce qui s’est passé.

La majorité va là où le pouvoir présidentiel va  

Une certaine opinion continue à croire que même si son dauphin a perdu les élections, Kabila continuera à tirer les ficelles puisqu’il deviendra sénateur à vie, et que sa famille politique aura la majorité dans les deux chambres du Parlement. Je ne partage pas cette analyse. Mon hypothèse est que la majorité des députés et des sénateurs élus étaient dans la famille politique de Kabila parce qu’il avait le pouvoir, et qu’ils suivront le nouveau président élu. Ils savent que le pouvoir du Parlement pèse très peu par rapport à la présidence. Comme partout en Afrique, la majorité va là où le pouvoir va.

Ce « recyclage » est d’autant plus probable que Félix a gagné grâce au soutien du « faiseur de rois » Vital Kamerhe, qui est lui-même un ancien bras droit de Kabila, qui pourra facilement convaincre ses anciens compagnons de rallier le nouveau président.

L’expérience politique ne sera pas un handicap

Une autre opinion très répandue est que Félix Tshisekedi sera facilement manipulable puisque c’est un fils à papa qui n’a pas beaucoup d’expérience politique. Mais ceux qui disent cela oublient que Joseph Kabila lui-même avait beaucoup moins d’expérience politique quand il a accédé au pouvoir en 2001, ce qui ne l’a pas empêché de devenir l’animal politique qu’il est devenu aujourd’hui.  

Une fois Félix installé à la présidence, le régime de Kabila sera terminé. Je ne dis pas que Kabila n’aura plus d’influence, mais sa marge de manœuvre sera réduite par rapport au nouveau président, qui aura le budget de l’Etat, la police, l’armée et la justice à sa disposition. N’est pas Poutine qui veut.

 

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Les commentaires récents (0)

  1. A ce jour, votre analyse est correcte d’une part (marge de manoeuvre de fatshi) et biaisée d’autre part ( la majorité qui s’allie au nouveau président)…

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