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Liaka na batu : un appel à être généreux avec ses proches

Vous ne parlez pas le lingala ? Si non, l’expression reprise dans le titre est une exhortation à partager l’argent ou la nourriture avec les autres. Solidarité africaine ? Eh bien, pas forcément, car à Kinshasa, tout est avant tout une question de contexte.

Dans un pays où la prédation et l’absence de mécanismes de contrôle de l’action publique ont forcé les habitants à recourir au système D (Débrouillardise) pour survivre, le sort de tout un chacun se résume en sa capacité d’accumuler le plus de richesses possible tout en pensant à les partager avec les membres de son entourage.

Soutien indéfectible au « digne fils » qui partage !

Pour quelqu’un qui dispose d’une parcelle d’autorité dans le secteur public ou privé, le fait de se faire entourer de ses proches est perçu comme un droit naturel. Les regroupements tribaux sont ceux qui illustrent mieux cette partition du pouvoir. On remercie celui qui a élevé le « digne fils du terroir » à un poste et on l’assure d’un soutien indéfectible. Le sens caché de ce soutien n’est autre qu’une manière de forcer la main au nouveau mandataire, ministre ou haut fonctionnaire, pour qu’il sache que les leaders de sa communauté sont là et attendent des rétributions en échange de leur soutien.

Ainsi, lorsqu’un mandataire est inquiété par la justice, les mêmes regroupements haussent le ton contre le pouvoir judiciaire ou politique, menaçant de faire sécession ou de déstabiliser le gouvernement. La République du Kivu, l’Etat indépendant du Katanga  sont réapparus au gré des procès pour corruption et incitation à la haine ethnique. Ce qui a poussé de nombreux analystes à se demander si la géopolitique avait sa place dans l’exercice de la justice.

« Vous ne donnez pas d’argent, vous n’aurez pas notre soutien ! »

A Kinshasa, lorsqu’une haute personnalité est arrêtée pour des malversations, sans qu’aucun groupement socio-culturel de son ethnie ne lui soit venu à la rescousse, vous entendrez les gens dirent : aliaka na batu té (il aimait bouffer tout seul).

Celui qui vit grâce à la corruption est perçu comme une personne bénie et se doit ainsi, de partager ce qu’il perçoit avec les autres par solidarité.

Alors si vous entendez un jour vos subalternes vous dire : tozo lia té (on ne mange pas) ou ozo sanza té (tu ne « vomis » pas l’argent) ; que vous soyez intègre ou pas, vous pouvez être sûr d’une chose : ils ne seront pas tendres avec vous le jour où vous aurez des problèmes.

 

*Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence suédoise de développement international (ASDI), de l’USAID, du gouvernement suédois et du gouvernement des États-Unis.

 

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