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Muyumba Maïla : le Katanga sera indépendant sans moi

On connaît les partisans de Moïse Tshombe pour leurs velléités sécessionnistes et leur admiration pour l’homme qui déclara le Katanga indépendant le 11 juillet 1960. Jean-Raymond Muyumba Maïla est sans doute une des rares voix au sein de ce courant politique qui militent pour un Congo indivisible tel que laissé par les colons belges. Rencontre avec celui qui se considère comme un « Tshombiste-nationaliste ».

Il aura vécu son adolescence à l’époque où l’entreprise coloniale tendait vers son déclin. Lui, l’enfant des années 40, aura vu la province la plus riche du Congo proclamer son indépendance vis-à-vis de Kinshasa appelé alors Léopoldville. « Je n’ai pas fait de politique en 1960 car je n’avais alors que 15 ans », dit-il. « J’ai plutôt suivi à distance le jeu des acteurs de l’époque », prend-il soin de préciser.

C’est vers les années 80, à la veille du déclin du long règne de Mobutu, qu’il s’engage activement en politique. Et comme tout homme politique « dissident de l’époque », il était engagé dans l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social). « Je suis le premier secrétaire provincial permanent de l’UDPS au Katanga », me confie-t-il avec fierté.

La force d’un idéal

A l’arrivée de Laurent Désiré Kabila au pouvoir, Muyumba Maïla quitte le navire du « capitaine Tshisekedi » pour créer son propre parti, le RPF (Rassemblement pour le fédéralisme). Pour se positionner par rapport au nouveau régime ? Non. Il s’agissait sans doute d’une étape dans sa longue carrière d’opposant. En effet, les régimes auront beau changer, le septuagénaire n’a jamais fait tomber sa veste de pourfendeur de toute forme de dictature. Le rôle est trop beau pour être refusé. Et pourquoi cette stratégie ? « C’est la force d’un idéal. Je pourchasse un animal qui est le changement. Et tant que je n’ai pas abattu cet animal, je n’arrête pas », insiste-t-il.

Le discours est bien rodé et le politicien semble sincère quand il le tient devant le blogueur que je suis. Et le Katanga dans tout ça ?

Mettre fin à « l’esprit tordu du Katanga »

Quand il faut parler de cette riche province minière, la voix du politicien Muyumba devient subitement grave et ses yeux pétillent de mille feux : « Nous avons tous été élevés dans l’idée que le Katanga est une nation dans une nation. Il y a un effort à fournir pour l’effacer. A mon avis le Katanga est un esprit tordu et vicieux. »

Suivez cette vidéo et vous comprendrez le fond de sa pensée : 

« Je suis un des rares Tshombistes qui pensent que la République est une passion. Et nous devons tous comprendre que nous sommes une nation de fait belge », affirme-t-il. Pourtant il remarque que la République dont il milite pour l’unité est gérée comme un « kiosque ».

Que retenir de Moïse Tshombe ?

Pour monsieur Muyumba Maïla, il ne faut pas retenir de Moïse Tshombe que la sécession katangaise : « L’histoire du Congo et du Katanga est très peu enseignée ou pas du tout. C’est le même Tshombe sécessionniste qui a accepté trois ans plus tard de devenir Premier ministre de ce pays et avec quel bilan ! C’est le même Tshombe qui a pacifié le Congo alors  sous la coupe des milices de Pierre Mulele. Il a organisé les premières élections après avoir créé la Conaco, le seul parti politique d’envergure nationale de l’époque. Et ça on ne le dit pas toujours. »

A la fin de mon entretien avec cet homme politique, je m’interrogeais sur l’absence de ce type de débat dans l’opinion. Décidément on préfère éviter les discussions de fond. A la place on aime se questionner sur la légitimité de tel ou tel dirigeant, comme si c’était de cela dont la nation à besoin.

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Les commentaires récents (1)

  1. Merci.pour l’article. Chacun a droit d’avoir son opinion; ,tant que cela ne nuit pas aux autres; mais.qu’il examine aussi ce qu’a fait Tshombe avant la mort de LUMUMBA…

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