article comment count is: 1

Au nom de la coutume les veuves sont maltraitées

En cette heure de mondialisation où la femme recherche la dignité et le respect de ses droits, les veuves, à Kinshasa et à l’intérieur du pays sont soumises à des pratiques inhumaines et inacceptables. Hélas, ces pratiques qui chosifient la veuve sont tolérées au nom de la coutume.

En août dernier, j’étais présente au deuil de mon voisin décédé des suites d’une longue maladie. Pendant les funérailles, j’ai eu l’occasion de discuter avec sa veuve, Anne Kabedi, sans que la famille de son défunt mari ne le remarque. C’est là que j’ai découvert des choses : les membres de la famille du mort soupçonnent la veuve d’avoir causé le décès de son mari. En plus, ils la soumettent à de véritables tortures morales. Par exemple, la veuve est obligée de faire le deuil selon les rites de la tribu. Elle ne peut pas manger tant que le mort n’est pas encore enterré. Tout le monde l’accuse de sorcellerie. Parfois on frappe la veuve pour la pousser à avouer qu’elle a mangé son mari en sorcellerie.

Trop c’est trop, me suis-je écriée ! C’est quoi cette histoire de vouloir toujours attribuer la mort d’un homme à son épouse ? Il n’existe plus de mort naturelle ? Pourquoi nos coutumes infligent toujours la souffrance à la femme ? Nuit et jour pendant la durée du deuil, la veuve Anne Kabedi doit pleurer même si elle est fatiguée. La nuit, elle ne peut dormir et se reposer. On la réveille de force et on l’oblige à pleurer jusqu’à 5 heures du matin. Elle est privée de nourriture et  obligée de s’asseoir sur un pagne au salon, sans se déplacer, sauf pour satisfaire des besoins naturels.

Maltraitance et confiscation des biens et enfants

Quand il fait chaud au salon, tout le monde se rafraîchit à l’extérieur, pas elle. Transpirant, pleurant, sanglotant… Elle ne doit pas s’arrêter pour éviter que « l’esprit du défunt ne se saisisse d’elle ». C’est ce que disent les connaisseurs de la coutume. Une véritable « prison pour veuves ! » Anne Kabedi est devenue veuve à l’âge de 24 ans, sans emploi et mère de trois mignons petits enfants, dont l’aînée a trois ans, le deuxième deux et le cadet, à peine trois mois ! Insupportable. On peut imaginer à quoi ressemblera son avenir.

Généralement dans nos coutumes, c’est la famille de l’homme qui décide ce que va devenir la veuve. « Eza basi na biso to bala na bongo na biso » (ce sont nos femmes, nous les avons épousées en payant notre argent comme dot), disent les hommes. Le cas de Anne Kabedi ne déroge pas à cette règle. Pour commencer, sa belle-famille décide de lui ravir ses deux premiers enfants. La veuve est obligée de concéder au nom de la coutume. « Si je reste avec ces enfants, la famille de mon mari ne cessera pas de me harceler. Je ne veux pas que de mauvaises choses arrivent à mes enfants. Ils sont innocents, Dieu les protégera. Ces enfant constituent toute ma raison de vivre à présent, mais ils tiennent à me les ravir alors qu’ils sont encore tout petits », se plaint la veuve Kabedi, les larmes aux yeux !

En RDC, certaines veuves sont contraintes d’épouser les frères cadets de leurs époux défunts, toujours au nom de la coutume ! D’autres encore sont obligées de marcher pieds nus dans la rue, murmurant des paroles en faveur de leurs maris décédés. Il y en a qui doivent rester tête rasée pendant toute la durée des funérailles. Elles sont interdites de se laver après 18 heures jusqu’à la levée du deuil. Et c’est sans compter les injures, les humiliations, mais aussi la confiscation des biens matériels.

La coutume supplante le droit

Déjà, il n’est pas facile de supporter la douleur de perdre un être cher, en l’occurrence un mari, le père de ses enfants. Les coutumes et les pratiques de ce genre viennent amplifier la douleur des veuves. C’est un peu comme remuer le couteau dans une plaie.

La veuve a des droits garantis par le Code congolais de la famille. Elle doit jouir de la maison habitée par les époux et des meubles… La coutume est-elle au-dessus de la loi  qui protège la femme et l’enfant ? Pourquoi ces familles criminelles ne sont-elles pas inquiétées par les autorités ? Si les autres se contentent de se taire et d’observer les familles se déchirer au nom de la coutume, ma plume criera toujours haut et fort : « Stop  à la maltraitance des veuves ! »

Ce n’est pas la coutume qui fait les hommes, mais ce sont les hommes qui font les coutumes.

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (1)

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure utilisation sur ce site web.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Si vous souhaitez en savoir plus sur les cookies que nous utilisons, veuillez lire notre politique relative aux cookies.