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Plongée au cœur de la prison centrale de Lubumbashi

Depuis près de trois mois, mes visites à la prison centrale de Kasapa ont été l’occasion de me faire des amis. Des amis pourtant inconnus au départ, et dont je ne cherche pas à trop connaître leur passé. Ils sont parmi les 2029 prisonniers qu’héberge la plus grande maison carcérale de Lubumbashi. Je vous propose de découvrir à quoi ressemble le séjour dans cette prison. Ici j’ai expérimenté l’audace de vivre et de survivre, devenue l’arme commune à tous ceux qui osent encore espérer.

A certaines heures, dans la prison de Kasapa, au nord-ouest du centre-ville de Lubumbashi, on se croirait plutôt dans une cour scolaire, parfois à la sortie d’un match de football. La cour est assez vaste avec ses blocs parsemés de dortoirs notamment. Des jardins, par dizaines, laissent pousser oignons et divers légumes.

Il y en a qui s’adonnent  au sport. J’aperçois un garçon d’environ deux ans qui crie après sa mère. De l’autre côté, un policier hurle pour parler à deux prisonniers bagarreurs. Je zigzague entre petits commerces et fosses septiques d’une puanteur hors du commun, pour rejoindre le lieu où sont les prisonniers. Certains sont plus favorisés, en effet, et on ne sait comment ils ont obtenu le droit à un petit commerce à l’intérieur de la prison. Pourtant l’argent y est interdit, en principe.

Quand rééduquer signifie déshumaniser

Les locaux de la prison ouvrent normalement à 8 heures et se ferment le  soir vers 17 heures. Sur place, j’apprends que la prison était conçue, depuis l’époque coloniale, pour 600 personnes. Elle en héberge maintenant plus du triple. 2029 personnes dont 44 femmes et 10 enfants y sont incarcérés. Elle comprend même un bloc qui héberge 42 adolescents condamnés et dits en rééducation, dans un environnement où la violence est un mode de survie.

Les vastes locaux de dispensaire, hier, se réduisent désormais à une pièce minuscule bondée de monde. Les lits cassés des prisonnières sont dans l’autre bloc, et plus loin, un local accueille les prisonniers malades. J’ai le sentiment de nager entre chaos et scandale. Je réalise que si l’on vient à mourir par ici, la seule dignité serait peut-être de retrouver une morgue, au centre-ville.

Et si on humanisait nos prisons ?

Quelques mois auparavant, en 2017, les prisons congolaises ont enregistré des évasions spectaculaires et massives de pensionnaires. J’ai réalisé combien nombre de ces fuyards avaient avant tout horreur des conditions inhumaines dans lesquelles ils étaient détenus. J’ai vu aussi comment, ces enfants incarcérés pour avoir commis des délits, sont exposés aux violences quotidiennes. Combien il est plus facile pour eux d’apprendre à se battre qu’à éviter le mal. D’ici quelques mois ou dans un ou deux ans, plusieurs seront libérés. Certains récidiveront peut-être, et se qualifieront ainsi pour de grands crimes. D’ici quelques mois ou quelques années, les mineurs atteindront leur majorité.

Nos prisons ont besoin d’être humanisées. Il est criminel de détenir des êtres humains, quel que soit le crime qu’ils aient commis, dans des conditions qui les réduisent à l’état infra humain.

 


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